Mise à jour le 22 juin
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Mardi 27 juin 2017 03:46 (Paris)

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13 Mai 1985 - 13 mai 2012 : 28 ans de la mort de Ti Manno : Un hommage à une légende Haïtienne : Antoine Rossini Jean Baptiste “Ti Manno”

Antoine Rossini Jean Baptiste ( dit Ti Manno ) Né à la cité de l’indépendance (Gonaives) Le 1-juin -1953 Décédé Le 13 Mai 1985 à New York…

Dans la longue histoire de la musique Haïtienne, il n’y a jamais eu de personnage plus singulier qu’Antoine Rossini Jean Baptiste, bien connu sous le nom de Ti Manno

Vingt huit ans (28 ans) après sa mort, on peut encore sentir le pouvoir de sa musique à travers ses chansons éternelles et les messages puissants délivrés dans ses paroles. Ti Manno a reçu le don de chanter, c’était un compositeur et un arrangeur. Il était le musicien Haïtien le plus charismatique de son temps, et sa musique a fasciné des générations de fanatiques de konpa (musique populaire d’Haïti). Le talent unique de Ti Manno et sa musique réfléchie continue de résonner dans des millions d’Haïtiens et de Français de la Caraibe.

Ti Manno était un génie, en avance sur son temps, un prophète musical, un visionnaire et un révolutionnaire. Les textes de ses chansons ne se contentent pas d”analyser et d’élucider les vices et de citer le manque de progrès en Haïti, mais sa musique jette également la lumière sur la condition humaine, l’unité Africaine, la liberté, l’exploitation, la corruption, l’immoralité et la descrimination. A la différence de beaucoup de chanteurs populaires de son temps, Ti Manno a eu le courage de dénoncer la nature ambigiie de la société Haïtienne. Il a compris son rôle en tant qu’artiste et le pouvoir de sa musique, dont il a usé pour ouvrir la conscience des gens. Il a été le premier Haïtien à dénoncer le harcèlement sexuel et la discrimination au travail, à travers ses chansons.

Bien que la carrière de Ti Manno fut de courte durée, sa contribution à la musique et à la société haïtienne a été très importante et ne doit pas être oubliée. A sa mort le 13 mai 1985, à l’âge de 32 ans, Ti Manno était devenu une icône nationale et la voix la plus influente de l’industrie de la musique haïtienne.

Ses chansons ont un attrait universel et possède des effets thérapeutiques sur quiconque les écoute. Le talent de Ti Manno, en tant que chanteur et qu’auteur, a dépassé les frontières. En prenant pour sujet le traitement inhumain infligé aux émigrés haïtiens lorsque ceux-ci arrivèrent sur le sol de certains pays, Ti Manno écrivit la chanson “Nan danjé” : on est danger où qu’on soit : aux Etats-Unis, aux Bahamas, au Venezuela, au Perou, au Canada, en Bolivie. Nous sommes en danger. Bien que nous ayons aidé beaucoup de ces nations à gagner leur indépendance, celles-ci nous ont montré bien peu de gratitude ; au contraire, elles nous ont traité comme des citoyens de seconde zone. Elles utilisent le fait qu’Haïti soit pauvre pour nous isoler et nous humilier. Je n’oublierai jamais le 26 décembre 1981, le jour le plus humiliant de ma vie, quand les services d’immigration américaine ont humilié publiquement des haïtiens migrants arrivant sur le sol de Floride. Ils avaient leurs chiens flairant et attaquant mes frères et soeurs haïtiens. Cela m’a blessé”. Dixit "Ti Manno"

Cette chanson a inspiré également 2 anthropologistes américains, Nina Glick-Schiller et Georges Fouron, qui ont donné à un mouvement suivant les idées de Ti Manno le titre suivant :”Ti Manno et l’émergence d’une identité Transnationale Haïtienne”. Les paroles de chanson de Ti Manno, un chanteur populaire Haïtien, et ce mouvement temporaire sont analysés dans le but d’élucider les facteurs qui expliquent les identités multiples et imbriquées des immigrés Haïtiens. Il y est argumenté que, en tant qu’immigrés noirs, les Haïtiens tendent à être des “transnationaux” qui se construisent des identités leur permettant de s’accomoder et de résister aux problèmes de race et de classe en Haïti ou aux Etats-Unis, écrit Nina GlickSchilier et Georges Fouron dans leur article documentaire publié dans l’American Ethnologist en 1990.

Au milieu des années 80, on est dans une période au cours de laquelle le Sida ne cesse de croître aux Etats-Unis et en Occident. Les Haïtiens sont, de façon inexplicable, stigmatisés et appelés “Porteurs de Sida” par les prétendus experts en la matière et autres organisations médicales. Dans le même temps, le règlement de la FDA (Food and Drug Administration) a exclu les Haïtiens des dons de sang, une interdiction contrée par des Haïtiens du monde entier. Le 20 avril 1990, près d’un million d’Haïtiens descendent le pont de Brooklyn afin de protester contre ces accusations infondées. Quoique l’interdiction fut levée plus tard par la FDA, le mal était déjà fait. Les Haïtiens étaient toujours ou sont encore l’objet d’ostracisme, de discrimination et d’injustice.

Ti Manno a été le premier artiste au monde et Haïtien de surcroit a cherché à chasser cette idée préconcue et a dénoncé la stigmatisation du sida qui a tendance à ficher et discréditer tout un peuple. Ti Manno a écrit : ” Les maladies inquiètent l’humanité depuis le début de la Civilisation. Une maladie n’a pas de nationalité, pas d’entité physique ; cependant, les Américains ont tendance à accuser les nations peu développées quand ils n’ont aucune explication scientifique à certains problèmes. Américains : le sida n’a pas sa source en Haïti ! Américains : trouvez le traitement au sida ! De nombreuses études scientifiques ont montré que les Haïtiens ne sont pas responsables du virus Hiv, mais vous persistez dans vos accusations à notre égard. Babylone tient ta langue et trouve ton traitement pour le sida”. Ti Manno connaissait profondément son milieu, et il avait compris son rôle d’artiste. Il a utilisé son micro et son écriture afin de dcmander respect, égalité et vie meilleure pour son pays et sa population.

Quoique le nom de Ti Manno ne soit pas très bien connu au niveau des îles Caribéennes anglophones et des pays occidentaux, sa profonde humanité, ses textes basés sur des faits sociaux et son influence sur la musique des Antilles françaises ont fait de lui une légende. Il a laissé derrière lui une mine de musiques enregistrées qui peut se référer à n’importe quelle situation ou crise.

La carrière musicale de Timanno, de son vrai nom : Antoine Rosini Jean Baptiste, couvre 15 ans. Timanno a commencé sa carrière musicale professionnelle avec « Les Jouvenceau De St mars et Astros » au début des années 70 ; qu’il a laissé pour faire partie du groupe haïtien ayant le plus de succès : Volo-Volo De Boston. Il fut l’un des chanteurs de leur premier album « Rivièm simalo ». Les chansons « Rivièm simalo » et « regrets » l’ont aidé à gagner une reconnaissance nationale. Après avoir connu le succès avec le groupe Volo- Volo, Timanno revient dans son pays en 1978 où il rejoindra plus tard le groupe dynamique D.P Express de Pétion Ville. C’est là que Timanno fera ses marques en tant qu’auteur et compositeur. Le DP Express sort alors l’album “tube” David (le titre se référant à l’impact de l’ouragan David sur Haïti en 1979). L’album a été considéré comme l’un des plus grands albums konpa de tous les temps, les chansons à succès « David », « Corrigé », « E, E, E, E », et « Ansanm Ansanm » ont pris d’assaut les radios. Le talent vocal et le magnétisme de Ti Manno l’ont propulsé dans le “showbiz” national.

Il est devenu si populaire après le succès de David, qu’à la fin de l’année 1981, il quitte D.P Express pour former son propre groupe « Gemini AlI Stars », avec l’aide du talentueux pianiste-keybordiste Ansito Mercier (qui part la suite a intégré Sweet Micky) et établi une carrière solo réussie. Pendant l’été 82, le groupe sort l’album intitulé « L’argent » un des meilleurs albums et des plus vendus rapidement de ces années 80. Les textes des chansons et l’enthousiasme montré par le groupe lors des prestations ont capté l’imagination du public et ont propulsé le disque en première place numéro des Hits Parades d’Haïti. Sous la pression du régime de Duvalier, Ti Manno doit se réfugier aux Etats-Unis alors que sa popularité est au sommet. Il enregistra de nombreux albums dans lesquels il dénonça des problèmes d’ordre social affectant tant les Haïtiens en Haïti, qu’à l’étranger. Toutes ses chansons étaient inspirées et voulaient dire quelque chose pour ceux d’entre nous qui avions grandi en écoutant sa musique dans le milieu des années 80.

Une de mes chansons favorites du riche répertoire de Ti Manno est la chanson intitulée “Canter” (le cannot). Le texte met en garde le “paysan rural Haïtien” (fuyant une régression économique et un système politique fragile et brutal) contre le dangereux, et quelquefois tragique, voyage en bateau pour arriver aux côtes de Floride. “Prendre un cannot est un immense danger, vous vendez tout ce que vous avez pour payer le voyage, vous laissez votre famille dans la détresse. Le trajet réclame bien des vies ; ceux qui parviennent aux camps de réfugiés doivent encore lutter, faire face au racisme, et aux difficultés dans leur quête de liberté économique. Vous devez arrêter de couper les arbres pour creuser des cannots ; vous devez investir dans l’agriculture. Avec la grâce de Dieu, vous survivrez et pourrez envoyer vos enfants à l’école. Vous devez travailler la terre et améliorer vos conditions de vie” est l’un des puissants messages tranmis par Ti Manno. Ti Manno était le chanteur et le compositeur Haïtien le plus engagé ; il était très respecté et aimé de la population Haïtienne. Beaucoup de ses fans ont souvent fait référence à lui comme “le Bob Marley Haïtien“. Bien qu’aucun autre artiste ne puisse être comparé, en terme de mystique et d’influence sur le monde de la musique, à Bob Marley, Ti Manno n’en était pas moins un prophète musical, et une légende à sa façon aux yeux de bien des Haïtiens.

Deux ans avant sa mort Ti Manno rendit hommage à l’un de ses artistes favoris, Bob Marley, indiscutablement l’une des plus grandes figures de la musique mondiale. “Si chaque génération donne naissance un génie, Bob Marley est donc encore parmi nous”. Avec son reggae il nous a laissé un héritage musical qui ne peut être oublié. Il n’a pas travaillé seulement pour lui, à la différence des autres il a travaillé pour la liberté, le progrès et le respect de toute la race noire” écrivit Ti Manno dans sa chanson “Hommage à Bob Marley”. Les mêmes choses peuvent être dites à propos des actes de Ti Manno. L’héritage de Ti Manno ne sera jamais oublié.

A l’initiative de Pierre Michel Théodat, Carole Uémesmin, Mario de Vole)’ el d’aut,-es a”tistes haïtiens vivant New Yod” le samedi 14 mai 2005, une croix a été déposée là où le chanteur Antoinc Rossini ,Jean Baptiste, dit Ti Manno. a été enterré. C’est pour tous les passants dans le 17ènle quartier du cimetière d’identifie,’ la dernière demeure du chanteur populaire, nons a déclaré Mario de Vole)’ qui nous assure qu’un marbre sera mis bientôt à la place de cette cl’flix avec l’écriteau “ici repose le prince de la musique hai’tienne Ti illfamlO”. Les ehanteusi’s Cm’ole Délnesmin et Emeline Michcl doivent se réunir à New York le 24 mai en vue de jeter les bases d’U1le association devant gérer les intérêts des al’listes haïtiens, toutes catégories confondues. Une initiative fortement encouragée par Tmage Nouvelle (Colas et Waleam, 20 mai 2005, imagenouvelle.com)

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Ils sont légendes à reconnaître Antoine Rossini Jean-Baptiste (Ti Manno) comme étant l’artiste porte-étendard de tous les exclus mis à l’amende par notre société, Il a pu créer un langage qui lui a valu sa renommée de génie, à chaque fois qu’il évoquait le malaise social utilisant son miero et sa voix comme baïonnette, avec un message parfois austère, souvent d’une vérité poignante, ses brillantes satires, ses abbatages qui dévoilent et mettent à nu le quotidien Haïtien. A cet égard Clifford Sylvain vient de dépasser grandement le seuil du quintal en produisant cet album “les héros du konpa” pour rendre hommage à cette figure culte de la musique dansante Haïtienne. A sa façon, Clifford vient réparer une injustice artistique faite par ceux qui, trop souvent, ont tendance à oublier Ti Manno. Avec des musiciens célèbres et respectés, “les héros du konpa” est un album à avoir par amour ou par pure obligation. Vous allez apprécier la manière dont une cohorte d’artistes reprennent les plus beaux morceaux du défunt dans des interprétations de premier ordre. Ils imposent une fois de plus leurs talents pour faire perdurer l’âme de Antoine Rossini Jean-Baptiste. Aussi, un buste de l’artiste sera érigé au musée des Artistes au Champ-de-Mars (Ralph Delly, juin 1997. album Les Héros du Konpa)

« Partout où nous allons, nous sommes en danger »  :
Ti Manno et l’apparition d’une identité transnationale haïtienne est un article écrit par Nina Click-Schiller et Georges Fouron, Ethnolog’le américain (mai 1(90)

RESUME :
Les paroles des chansons de Ti Manno, chanteur haïtien populaire, et le mouvement de con l’te durée généré pal’ Ti Manno sont étudiés afïn d’élucider les facteurs qui amènent à la formation d’identités multiples et se chevauchant, des immigl’és haïtiens. Il y est argumenté qu’en tant qu’immigrés noirs,.les haïtiens tendent à être des « transnationals » qui se façonnent des identités leur permettant de s’adapter et de résister aux réalités des problèmes de race et de classe présentes en Haïti et alLX Etats-Unis.

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Au cours de la deuxième sem,ùne de mai 1985, la nouvelle s’était l’épandue l’apidement parmi les Haïtiens de New York. que Ti Manno, un chanteur haïtien populaire. serait décédé.

Les rumeurs ont été mises de côté, lorsque Ti Manno téléphona a une station de radio pour dire qu’il était malade mais Jllaladc ; il demanda que des prières soient dites à son intention. Les personnalités haïtiennes du devant de la scène ont répondu en créant un mouvemcnt de soutien appelé « Opérasyon men kontré “, qui a eu pour but immédiat de récolter de l’argent pour payer les factures d’hôpital de Ti Mannn, Ti Manno n’a pas demandé cet argent et n’en avait pas besoin, Les urnes de c.olleete placés dans des commerces haïtiens et dans des lnagasins de la banlieue new yorkaise, les dons de personnes vivant en Haïti l’apportèrent 10000 dollars en un mois, Et dans le but d’obtenir plus d’argent, un concert, regroupant les musiciens haïtiens les plus connus, eut lieu à New York.

Mais le jour suivant le concert, le mot circulait que Ti Manno était mort, Cette fois, la rumeur était vraie. L’histoire a fait la une des journaux haïtiens de New York, qui présentaient également les modalités de mise en bière (pour voir le corps) et celles ayant trait aux funérailles et à l’enterrement. La rumeur disait aussi que Ti Manno avait souhaité sur son lit de l’hôpital !, que son corps ne tombe pas entre les mains du gouvernement Duvaliel•. Afin de respecter son vœu, son corps devra être enterré à New york, jusqu’au renversement du régime de Duvaliel”, Les restes de Ti Manno devronts ensuite retourner en Haïti pour une inhumation permanente.

Lors de la présentation du corps de Ti Manno, des barrières avaient été posées afin de contenir la foule, car plus de 5000 personnes en file indienne défilèrent près de son cercueil, beaucoup pleuraient ouvertement. Lejour de l’enterrement, des personnes endeuillées l’emplirent l’église bien des heures avant le début du service funèbre. Plus de 1000 personnes assistaient à la cérémonie, tandis que des centaines d’autres attendaient au dehors.

La semaine snivante, la mort de Ti Manno fut le sujet de toutes les conversations des haïtiens de New York. Des journaux haïtiens publièrent la vie de Ti Manno ainsi que l’éloge faite par son frère, un prêtre catholique qui avait fait le déplacement d’Haïti pour offïcier à ses funérailles. Les journaux imprimèrent les messages de condoléances envoyés par le grand nombre d’haïtiens des Etats-Unis (d’hommes d’affaires proéminents ou de simples citoyens).

La grande couverture médiatique. les semaines qui suivirent la mort de Ti Manno, ne firent pas état de la nouvelle rumeur qui commençait à circuler : des voix murmuraient que Ti Manno serait mort du Sida …




BÔ KAY NOU


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