Mise à jour le 8 avril
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Mercredi 23 juillet 2014 21:52 (Paris)

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Un fauteuil-standard pour deux éditeurs / Les portes de la maison d’Édition : Pages Folles sont grandes ouvertes

Le concept Édition rime, la plupart du temps, avec les vocables : élitisme, cercle fermé, favoritisme, snobisme et, pour être modéré, aisance. Car la littérature est un domaine luxueux. C’est connu qu’une opulente maison d’édition peut se permettre de publier des feuilles-de-choux d’un auteur moyen, d’un grand écrivain paresseux ou d’un riche prête-nom. Tout un mythe d’inaccessibilité s’est construit sur une base d’injustice. Les deux écrivains, qui emboîtent le pas de l’édition, n’ignorent pas ces pratiques scandaleuses. Nous les avons interrogés à ce sujet. Voyons ce qu’ils ont comme arguments de persuasion.

par Marie Flore DOMOND

Q.- Dr Nelson, vous avez déjà fait l’expérience d’une maison d’Édition connue sous le nom de Kauss Éditeurs. Voulez-vous nous témoigner des causes exactes de l’interruption de cette activité ?

R.- Il n’y a pas eu d’interruption des activités de Kauss Éditeurs, Enrg. Cette maison existe encore. Tout simplement, il n’y a plus ce flot de publications antérieures, à cause d’une certaine compétition dans l’ombre. La compétition étant terminée, à mon avis, je (KAUSS) passe à autres choses en me liant à un autre homme (JAC) que je trouve dynamique et intéressant, en plus d’être un bon écrivain.

Q.- Ce n’est pas un secret pour personne. Vous êtes un adepte de la lecture, un passionné des livres. A présent, partez-vous en croisade littéraire en faveur de ceux qui, tout comme vous, se vouent à la littérature sans pouvoir y accéder ?

R.- Vous me connaissez un peu de tempérament, puisqu’on a déjà travaillé ensemble. Je (KAUSS) suis pour l’équitabilité, la non préférence, et la justice littéraire. Et comme par hasard, j’ai retrouvé cette même préoccupation chez un écrivain plus jeune que moi. Il (JAC) me rappelle le regretté poète Alix DAMOUR, de par ses aptitudes, son intelligence et ses différents talents. Pourquoi ne pas m’associer à un tel homme que j’apprends à connaître, de jour en jour. Oui, je pars en croisade, ma troisième depuis le SURPLURÉALISME. Nous partons, les deux, en croisade. Que j’aimerais être Millionnaire pour pouvoir tout publier, papyromane que je suis.

Q.- Pensez-vous pouvoir être l’homme de la situation, de la diffusion des mots de vos semblables autant que vous l’êtes dans la création ?

R.- Il me faut les contacts, beaucoup de contacts. Et je les ais. Je dois continuer de produire et de plaire aux communautés que je fréquente, d’abord de par mes œuvres personnelles. Jean André et moi, nous n’avons pas de préférence d’auteurs, ni de communautés. C’est l’œuvre valable qui nous intéresse. Le pays, Haïti, la communauté littéraire mondiale, le patrimoine universel, ont perdu trop de bons manuscrits, trop d’excellents écrivains. L’histoire de Fernando Pessoa en est un exemple. Nous voulons, de concert avec un écrivain, l’Autre, saluer l’intelligence humaine.

Q.- Monsieur Fernando Pessoa a été victime de quelle sorte de mésaventure littéraire ?

R.- Au contraire, il a été chanceux. De simple employé de poste, il est aujourd’hui l’écrivain portugais le plus traduit et le plus lu au monde. Après sa mort, on a retrouvé ses manuscrits dans une malle, et jusqu’à maintenant on les publie. On ne savait pas qu’il écrivait. J’aimerais tellement qu’une aventure similaire arrive en Haïti.

Q.- Chaque maison d’Édition a sa politique, ses critères de sélection. Quels sont les vôtres en tant que coéditeur ?

R.- Nous misons d’abord sur des critères de qualité et de fluidité. Nous pensons que la plus grande qualité de l’œuvre tient à son originalité, l’écrivain ayant pour mission d’universaliser l’expérience personnelle et personnaliser l’expérience universelle. En lisant un texte, nous (nous) posons d’abord ces questions : qu’est-ce que cet écrivain dit de nouveau au monde ? En quoi interpelle-t-il ? Par le style, le propos ?

Q.- La réputation des éditeurs n’est pas toujours reluisante aux yeux du grand public. Il est surtout celui qui tient l’auteur d’un manuscrit sur la corde raide. On découvre souvent que ce n’est pas l’absence de talent qui occasionne le refus d’une œuvre. Y avez-vous songé à instaurer une certaine rigueur par rapport à cette ligne d’éthique négligée qui est propre à démotiver tout créateur ?

R.- Notre avantage, c’est d’être avant tout des créateurs. Nous sommes fortunés d’être mus dans nos interactions quotidiennes par cette sensibilité poétique et humaine qui transcende le sens de l’ego, de la conquête et de la compétition stériles. L’édition, pour nous, fait partie d’un processus d’achèvement de la création. Nous continuons le travail avec l’écrivain qui est d’abord notre pair, notre confrère. Nous condamnons et évitons d’envoyer en l’air des écrivains par des formules lapidaires du genre « votre bouquin n’épouse pas notre ligne éditoriale », sans pour autant leur dire pourquoi, ni en quoi consistent les écarts ou les faiblesses de l’œuvre. Nous les impliquons dans tout processus de création afin de faire tomber la barrière entre éditeur et auteurs, et surtout le mythe de l’édition comme un champ inaccessible. Même quand le texte n’est pas accepté, nous suggérons des idées pour que l’écrivain puisse l’améliorer, et nous restons ouverts, disponibles à travailler avec lui de nouveau sur le texte.

Q.- En parlant de production, vous avons enregistré que deux de vos ouvrages viennent d’être publiés dans deux maisons d’édition différentes : POÈMES EXEMPLAIRES en France et HAUTES FEUILLES chez Humanitas, votre éditeur-fétiche, si vous nous permettez l’expression. L’horizon de vos publications s’élargit progressivement, n’est-ce pas ?

R.- Il le faut. Il faut évoluer, donner la main aux autres, élargir son champ d’expertise. Il faut se faire connaître. Au lieu de perdre mon temps dans des « haitianneries », des discussions stériles, j’évolue. Je collabore, multiplie les contacts littéraires avec les écrivains français, québécois, dominicains, du Luxembourg, portoricains, antillais, africains, américains, afin, entre autres, d’être apprécié et traduit. Je publie, ces temps-ci, surtout en Europe.

Joseph Ouaknine éditeur, Montreuil-sous-bois
(France) 2007

Q.- Dr John Nelson, le scientifique, le discipliné, l’homme appliqué, n’est pas du genre à être en collaboration étroite avec quelqu’un chez qui il n’existe pas d’atomes crochus. Pouvez-vous nous présenter votre associé, monsieur Jean André Constant ?

R.- Je viens de le faire. C’est un homme jovial, très intéressant, polyglotte, polyvalent, très honnête et humain. Il faut le fréquenter de près, lire ses ouvrages (surtout celui à venir : VOIX DE GARAGE), et vous comprendrez ce que je ressens pour mon associé. Aucune mesquinerie ressentie de ma part. Je suis alors en face d’un vrai homme, pas d’un singe grammairien ou démagogue.

Q.- Toujours pour le bénéfice du public, l’expression de singe grammairien a déjà été utilisée par un autre écrivain. Vous qui connaissez si bien la petite histoire du monde littéraire, de qui s’agit-il ?

R.- Cette expression est le titre d’un des ouvrages d’Octavio PAZ, Le singe grammairien. Mais l’expression dit tout. Nous en avons tellement dans notre littérature.

Q. - Comment êtes-vous parvenus à ce partenariat littéraire, puisque monsieur Constant réside aux États-Unis et vous au Québec ?

R.- Tout a commencé en 2005, quand j’ai reçu un courriel de Mr. Constant intitulé : un ami poète vous salue. Il m’a écrit littéralement ceci : j’ai lu Testamentaire et Territoires. Ce sont des reliques. Vous êtes une fierté haïtienne. Chapeau. Et une constante correspondante en a découlé.

Q.- Monsieur Constant, la maison d’édition Pages Folles est-elle disposée à accueillir les manuscrits de plusieurs langues si on tient compte de votre ouvrage bilingue : PWEZI SAN AKSAN/POETRY WITH A FRENCH ACCENT ?

R. - L’objectif de notre maison d’édition, c’est à la fois de combattre et briser l’enfermement sous quelque forme que ce soit. C’est de représenter un pont entre les écrivains haïtiens essentiellement francophones ou créolophones inconnus de la diaspora haïtienne éparpillés en Amérique du Nord ou en Europe, et ceux d’origine haïtienne qui ne sont qu’anglophones ou hispanophones et qui produisent souvent des œuvres inspirées de la culture haïtienne. Et c’est aussi un moyen pour nous de favoriser une plus grande diffusion des œuvres et d’exposer le public à des voix plurielles. C’est pourquoi nous disposons d’une équipe de lecture polyglotte et multiculturelle. Je me souviens (JAC) en 2005 , invité à un panel d’écrivains a la UMASS (University of Massachusetts), de l’un des panélistes d’origine haïtienne , exclusivement anglophone, mais qui écrit une poésie de bonne qualité en anglais et complètement inconnue du public Haïtien en Haïti. Pourquoi ne pas la faire connaître dans le milieu francophone ? Quel délice serait-ce que de traduire l’œuvre de la grande poétesse portoricaine Julia de Burgos ! Déjà des écrivains hispanophones nous ont déjà approchés. Nous n’allons pas résister à cette expérience globalisante.

Q.- Vous êtes travailleur social de profession. Avez-vous constaté si culturellement les citoyens d’origine haïtienne ont un engouement pour la lecture ?

R.- Disons je suis, entre autres, travailleur social. J’ai aussi une formation en sciences linguistiques. Je répèterai Aragon pour dire que rien n’est jamais acquis à l’homme… . Cet engouement pour la lecture ne saurait être pris pour acquis. Le rapport de la communauté haïtienne aux livres fait partie des caractéristiques culturelles et socio économiques de cette population. On doit continuer d’encourager la lecture, la promouvoir. Les Éditions Pages Folles se proposent de propulser l’intérêt pour la lecture, sinon le créer s’il le faut.

Q.- En tant que professeur de Français, pensez-vous que la transmission de l’art de dire au moyen de l’écriture dans l’espace intergénérationnel est une mission bien accomplie ?

R.- Cette mission-là est un processus de longue haleine. Nous nous rendons compte qu’elle se heurte quotidiennement aux tentations mercantiles dans le monde des biens symboliques. Il semble y avoir un « establishment » qui détermine quel écrivain mérite d’être retenu par la postérité et parfois à partir de critères idéologiques ou de motivations et intérêts essentiellement financiers. Nous constatons aussi que les créateurs et écrivains, dépourvus de pouvoir économique, tendent à perdre tout contrôle sur leurs productions au profit des éditeurs et producteurs ou promoteurs. Aux Éditions Pages folles, sans opter pour la perte (puisqu’en fait, c’est un investissement), nous privilégions des rapports plutôt humains avec les écrivains. Nous leur demandons leur avis, nous négocions et composons avec eux. Nous explorons les opportunités d’un commun accord.

Q.- Être un vigile du monde des Lettres implique quoi, selon vous ?

R.- Cela implique d’abord de la passion pour la vie, l’art des mots, l’art de dire, la littérature enfin. Ensuite s’armer de valeurs esthétiques et humaines pour apprécier les œuvres dans tout ce qui accroche. Et enfin s’ouvrir, dépasser son petit monde personnel, de pays d’origine, de langue, d’amitiés pour explorer, découvrir et épouser tout ce qui a de beau partout où il y a souffle et source de création. Cela suppose aussi du travail assidu, de la clairvoyance. Cela implique de prendre le risque de se regarder, de se critiquer, d’être humble, et en même temps d’être exigeant par rapport à soi d’abord et aux autres ensuite. De tendre un rameau d’olivier à tous ceux qui veulent contribuer à l’expansion de la littérature. Et parfois d’assumer le coût de prendre ces risques dont l’un des plus communs est l’isolement.

Q.- Vous venez tout juste d’éditer l’ouvrage : Sens Lieu… Dictatures et contrée (s) de Rodolphe Mathurin. Et d’après la note inscrite à l’endos du livre, l’auteur semble avoir un siège réservé au sein de la maison. Voulez-vous nous parler de l’impression que vous avez eue de l’auteur à la réception du manuscrit, ainsi que de votre opinion jusqu’à la date de parution du livre ?

R.- Notre première réaction à la réception du texte, pour parler sincèrement, était de la prudence. Car le titre nous paraissait quelque part trop objectif. On craignait qu’il s’agisse d’un récit du genre réaliste sur fond d’un discours politique misérabiliste. Mais après lecture du texte, nous avons été frappés par le propos et le style de l’auteur. Nous avons aimé, dans ce récit, la pluralité et l’heureuse conjonction des discours et de l’expression. L’auteur Mathurin a su exploiter toutes les richesses du langage en brisant les barrières entre l’oral et l’écrit. On sent la passion de l’auteur pour la littérature en tant qu’espace apparemment d’absurdité pour combattre l’absurdité du silence face aux entailles quotidiennes. Nous nous félicitons de l’avoir publié. Le texte a été bien accueilli par le public, d’abord à Livres en Folie en Haïti, puis à Montréal. Et nous allons répéter avec lui l’expérience à travers la publication d’un recueil de nouvelles intitulé : A la danse de l’ombre.

Q. -Nous savons de source sure que vous avez une trentaine de manuscrits en soumission. Quelle est votre prévision en matière de quota de publication annuellement ?

R.- Nous travaillons assidûment. Cinq textes sont déjà en priorité pour les mois à venir.
- Dr Nelson, Monsieur Constant, je vous remercie de nous avoir accordé cet entretien.

- C’est nous qui vous remercions, Marie Flore.




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