Mise à jour le 21 novembre
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Vendredi 24 novembre 2017 23:11 (Paris)

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Portrait de Marie-Flore DOMOND : Poétesse et fidèle collaboratrice de Caraïbe Express

Préface de Saint-John Kauss

Extrait du recueil de poésie (Humanitas, Montréal, 2006)
PERLE NOIRE

Avant-dire

En rassemblant mes souvenirs et tous les artefacts de la littérature américaine, il m’est venu à l’idée une ardente phrase de leur poète national, dis-je, du grand Walt Whitman : « La valeur d’un poète est avérée quand son pays l’absorbe avec autant d’affection qu’il l’a absorbé », laquelle nous rappelle, de prime abord, le sentiment d’appartenance du poète au pays, et du pays au poète.

Cette marque de courtoisie et de commerce entre les deux entités pointe l’étrange liaison et le difficile lien existant entre le poète et sa terre natale, chose commune aux gens de mémoire, de la mémoire particulièrement impossible de ne pas apprivoiser.

Bref, à ma première rencontre avec la poétesse, Marie Flore Domond, durant l’été 2003, j’ai considéré deux aspects de la question poétique où je m’interrogeais sur l’utilité de cet art dans les relations humaines et sur la dynamique de la femme (voire théorie générative) au cœur d’une reformulation de l’architecture et de la poussée (lire intensité) poétique. La réponse fut vite dévoilée, tout simplement par une visite guidée de son quartier, de sa demeure (incluant discothèque et bibliothèque) et de ses œuvres qui n’attendaient qu’une main, qu’un œil de rapace les poursuit dans l’au-delà de leurs déclinaisons. Des textes et manuscrits à n’en plus finir à la recherche d’un mécène ou d’un éditeur.

Revenons à ce quartier des Italiens de Montréal (Saint-Léonard), à la rue de Nice où je me suis fait promener sur la grande « Place Luigi Pirandello », lequel écrivain avait courageusement émis que « le fou est le seul homme sincère ». Il ne mentait pas. J’ai été sincère quand j’avais anticipé et déclaré au public que cette femme ira loin. J’étais fou... de joie d’avoir enfin rencontré une femme de lettres et de talents trop près de chez ma mère, et pas très loin de la bibliothèque de Saint-Léonard (Montréal).

L’histoire de chaque créature est une épopée de changements. Nous sommes tous des mutants. Et elle a changé. Marie Flore Domond a changé le cours de la littérature féminine à Montréal en s’attaquant par l’écriture à des portraits de femmes, de femmes peintres, de femmes journalistes, de femmes écrivaines oeuvrant dans la communauté urbaine et haïtienne. Des dizaines d’articles, de comptes-rendus littéraires, d’entrevues menées à terme, de portraits d’hommes, ont fait la manchette du quotidien montréalais.

Regagnons la rue Bourdages (Saint-Léonard) où la poétesse se niche dans un décor plus qu’agréable. Ses créateurs préférés : Francis Cabrel , Ansy Dérose, Démis Roussos, Jacques Brel, Edith Piaf, Léo Ferré, Enrico Marcias, Vikey G.G., Charles Aznavour, Léon Dimanche, Nana Mouskouri, Luc Plamondon et Mireille Mathieu. Ses écrivains référents : Khalil Gibran, Guy de Maupassant, Edgar Poe, Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, Émile Nelligan, Anne Hébert, Lamartine, Etzer Vilaire (à la suite des célèbres Entretiens) et Carl Brouard. Tous, des auteurs que l’on jalouse ou que l’on voudrait être. Un monde d’esprits supérieurs auquel on peut toujours s’attacher, s’inspirer ou s’approcher en espérant s’y comparer un jour. Un univers de grands esprits où se confondent rêve et réalité, où les idées les plus folles et les plus explicites s’entremêlent dans les dédales de la langue et de la bonne littérature.

Et revenons à ses manuscrits éparpillés dans la bibliothèque du savoir et de la mémoire des Hommes. Tous, impossibles à réécrire en raison de l’insoutenable pression du Temps apparemment paisible. Des manuscrits attachés par des agrafes qui n’attendaient qu’un « connaisseur » pour faire de cette auteure l’un des tenants du Surpluréalisme (version féminine). Oui, quelle joie que cette apparition, comme un météore, d’une poétesse aux talents multiples qui nous rappelle, à coup sûr, l’américaine Emily Dickinson. Dans une forme littéraire qui déroute le passé et qui s’accroche au présent, nombreuses sont les possibles performances d’une écriture atypique, persuasive et généreuse de PERLE NOIRE, recueil d’une centaine de pages de Marie Flore Domond. Bien que ce soit dans la tragédie d’un vieil amour, de vieilles querelles de l’amitié et de famille, dans la hantise des traîtrises et des coups bas littéraires que la poétesse a évolué, il n’en demeure pas moins que l’honnêteté affichée lui fait grâce d’une certaine rancune et de la déroute des sentiments. Car la poétesse est une femme romantique. Ses poèmes, ACTE DE FOI, CITOYENNE DE L’AMOUR, DÉCLARATION D’AMOUR, font foi de cet état (romantique) qu’on dirait propre au sexe féminin. Ses états d’âme, elle les décrit à qui veut, peut bien les apprécier. Des poèmes, comme DÉSENCHANTEMENT, TOURMENT DU DÉSERTEUR et ÉTAT D’ÂME, en disent long. Que faire de la grande variété de ses poèmes supposément païens ou patriotiques !

Elle qui « s’identifie comme une femme de combat par sa personnalité tranchante et entière », est plus humaine que cruelle. Dans des poèmes aux accents parfois d’un désespoir insurmontable, elle laisse, sans aucune contrainte, les portes ouvertes à la générosité de son cœur et de son âme bohémienne à la recherche de l’autre moitié. Peut-être qu’elle l’a déjà trouvée sans le savoir dans son attachement avec les mots et dans sa chasse absolue aux images tantôt naïves, tantôt règlementées par la rupture inattendue des syllabes, suprêmes reliques qui touchent à la forme de son écriture et qui fait d’elle l’exquise poétesse qu’il nous faudra (re) garder sans y toucher.

Peinture de la jeune artiste Stéphanie Beaulieu Domond

Claude Fabius n’avait-il pas déclaré : « Toutes les pensées, silencieusement déposées sur du papier et enfermées dans un tiroir, constituent une accumulation d’énergie. L’énergie ne peut rester trop longtemps prisonnière. Elle se manifeste tôt ou tard. » On peut affirmer, à l’instant même, que Marie Flore Domond n’a pas échappé à cette réalité en présentant aujourd’hui au public cette somme de poésie neuve et qui fait d’elle une écrivaine de valeur reflétant les constats d’une société et d’une communauté haïtienne en décadence extrême. Il est vrai qu’on a l’habitude, nous les critiques, d’expliquer pour les poètes ce que les lecteurs voudraient lire et entendre lire. Il s’agit donc de réflexions multiples puisque chaque critique a son propre lapsus, son mot à dire. L’attitude la plus réfléchie à cet égard est celle où l’on entend battre le cœur du poète, si réfléchie qu’il ne saurait être difficile d’interpréter les manifestations, ni d’en mesurer les conséquences métalinguistiques qui vont bien au-delà du contexte dans lequel le poème a été pensé et transcrit.

Cette femme mi-poète, mi-romancière, mi-essayiste, mi-critique, mi- dramaturge, en somme mi-génie des lieux et des idées, s’exprime à grandes voiles de vérité dont la littérature n’est plus coutumière, et nous rappelle davantage, par son comportement décisif, sa marche définitive, l’écrivaine George Sand (Aurore Dupin), romancière française, amante des lettres et partisane des hommes de lettres, Mais comment faire pour tout (la) cerner, ne serait-ce qu’avec les mots et les gestes de tous les jours ? D’éventuelles études, en lieu et place d’une simple préface, sauraient mieux analyser les avantages et les difficultés inhérents à l’archéologie poétique de l’auteure. Ce serait intéressant de montrer combien sa poésie répond à la fois au besoin d’une vitalité organique, mais aussi au renouvellement de l’art dans un ensemble de faits accomplis dans la douleur et la mélancolie des mots qui ne savent pas pleurer... mais qui en font rêver.

Enfin, laissons aux lecteurs le temps de choisir les poèmes aimés sans se soucier de la nécessité de partager les heures d’une émotion si grande avec les autres, c’est-à-dire ceux qui n’aiment pas tout court la Poésie.

Saint-John Kauss
Montréal, 15 décembre 2004
Minuit et trente minutes.


Marie Flore Domond a fait des études en Lettres et en Cinéma au Collège de Rosemont (Montréal), une initiative qui l’a conduite à fixer ses intérêts dans le domaine journalistique. Sa collaboration a été remarquée, entre autres, dans les journaux, magazines et revues comme Présence, Référence, Konsyans, Le Positif, Caraïbe Express, sans oublier les supports électroniques tels Kapès Kreyòl, Image Nouvelle, Réseau HEM ainsi que Le Monde Évangélique.

Sa formation dans le champ du Droit, plus précisément en Procédure Juridique, rejoint ses points d’intérêt pour la communication et les relations humaines. Elle est membre en règle de l’Association des Journalistes Indépendants du Québec, du réseau internet HEM, de l’Union Internationale de la Presse Francophone (UFP).

Marie Flore Domond est récipiendaire du Grand Prix Littéraire - 2003 de l’Association Haïtienne des Écrivains. Hormis ses œuvres inédites dont ACTES DE FOI (poésie) - BIENFAITS DE LA CHOSE ÉCRITE (études critiques) - NOCE INCULTE (roman) - ANTHOLOGIE HAÏTIENNE DE LA POÉSIE FÉMININE, l’auteure a publié en décembre 2004 un livre d’entretiens littéraires et encyclopédiques intitulé ÉCRIVAIN EN RÉSIDENCE (Humanitas, Montréal, 2004), et tout récemment PERLE NOIRE (poésie, Humanitas, 2006)

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