Mise à jour le 12 octobre
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Jeudi 19 octobre 2017 02:13 (Paris)

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« LE TERRIBLE SECRET » serait-il un grain de beauté sur une épaule de l’écriture féminine…

La romancière Adrienne Charles
www.adriennecharles.com

Hormis une rencontre fortuite signalée brièvement au huitième chapitre et quelques malaises de l’appartenance raciale d’un des personnages principaux tout au long du récit, le premier ouvrage de la romancière Adrienne Charles ne repose pas sur un rapport enraciné dans un monde négro-africain. L’auteure a choisi de camper les dessous d’une riche famille américaine. Alors doit-on verser directement l’œuvre sur le compte de la littérature québécoise ? La situation pourrait être plus délicate si l’auteure d’origine Antillaise se soumettrait volontiers à une greffe de cœur universel… Les repères de la classification littéraire de l’œuvre proprement dite se retrouvent dans un tel état de croisement qu’il serait plus utile de contourner cette option en évitant des spéculations hâtives. Prenons plutôt le large à la rencontre des intentions de la conceptrice de l’ouvrage. Au cours de l’entretien, nous tâcherons d’évoquer l’objet du véritable répertoire de son roman.

par Marie Flore Domond

Q. Vous avez crée un roman sur des thèmes émotifs où l’introspection respective des personnages est vitale. Ce qui m’intrigue, c’est le pouvoir confessionnal qui vous revient en tant que narratrice. Cette espèce d’omniprésence de la narratrice qui plane au-dessus de tous les personnages indistinctement. Comment justifiez-vous ce délicat rôle de confidente de premier plan qui détient les informations les plus intimes des protagonistes ?

R. Le délicat rôle de confidente de premier plan de la narratrice s’explique par le fait qu’il était important pour moi que les lecteurs puissent ressentir en eux-mêmes les émotions des personnages afin de bien saisir les états d’esprits dans lesquels ils sont plongés.   Q. La narratrice a soulevé elle-même la question concernant l’éthique et la confidentialité basée sur des aveux professionnels et autres, au chapitre dix-sept (page 97). Cette dernière se sentait-elle en état de violation en dévoilant le secret de Nancy Brown ?

 R. Dans le contexte de l’histoire, il fallait aiguiser la curiosité des lecteurs, susciter de l’intérêt en allant au fond des choses. J’ai consacré un tiers du roman à la découverte du secret et les autres tiers à la réparation des torts et aux conséquence que cela à pu causer.

Q. En agissant de cette manière, peut-être que la romancière pensait pouvoir être exempte du fardeau de l’indiscrétion ?

 R. À dire vrai, je ne l’avais pas envisagé comme vous le percevez. Mais il fallait à tout prix emprunter ce chemin. On pourrait le considérer comme un acte inconditionnel. L’important pour moi c’était d’exprimer les sentiments et les ressentiments des personnages.

Q. Personnellement, j’ai l’impression que vous avez introduit un personnage de race noire dans le roman simplement par goût de l’exotisme. Quel est votre principal motif ?

R. Vous avez tout à fait raison. En m’engageant dans l’écriture, je me donne la liberté d’écrire sur n’importe quel nationalité, pays, événements en autant que je demeure crédible. Les lecteurs ne doivent pas s’attendre à ce que je parle de noirs. Je ne veux absolument pas m’emprisonner dans le cercle de l’ethnicité. Si j’étais obligée, j’aurais préféré ne pas écrire tout simplement ! Même si je suis fière mon identité, je ne me sens obligée de peindre strictement mes origines dans mes œuvres.

Comme je l’ai mentionné plus précédemment, je voulais éviter de m’éterniser sur le choc culturel, l’éternel tiraillement de la supériorité raciale. Certes, le problème existe, mais je ne désirais pas en faire un propos de barrière dans mon récit. J’ai abordé l’aspect des milieux défavorisés pour pouvoir opiner sur la volonté de homme sur ses contraintes. Autrement dit, qu’il faut penser à agir positivement et aller plus loin que les différences de couleur de peau.

Q. Les citoyens du Québec pourraient être presque jaloux de vous voir décrire avec autant d’aisance les rues de Boston aux dépens de votre métropole de résidence. Quelles sont la part de fiction et la part de réalité dans le roman ?

 R. J’ai choisi Boston précisément parce que les habitants manifestent le même calme que les Montréalais. Boston est une ville dont je suis tombée amoureuse. Pourtant, j’ai visité New York, le New Jersey qui ne reflètent pas nécessairement mon attachement pour Boston qui est un milieu où je me plais. C’est donc pour cette raison que j’ai décidé d’implanter l’histoire là. Tous les lieux décrits sont situés non loin de la demeure d’une de mes cousines que j’allais visiter régulièrement. Je me suis servie des éléments qui étaient présents sous mes yeux.

Q. La fidélité des lieux et de l’environnement se fait sentir jusqu’aux prénoms de baptême des personnages : Nancy, Dereck, Jack, Ricky, Déborah. La famille Smith a été dépaysée au Canada. Elle est la seule famille sur laquelle la narratrice a omis de donner des détails. Pourquoi ?

R. C’est surtout un clin d’œil au pays d’adoption. J’aurai pu ne pas spécifier leur lieu de destination.

Q. Vous semblez plonger les personnages dans des situations extrêmes pour pouvoir mieux les conduire à la repentance. Il est question d’homosexualité, d’abandon d’un être cher, pour ne citer que ceux-là. Est-ce la dimension spirituelle de l’auteure que cette dernière transverse sur ses personnages ?

R. Il est clair que quiconque lira ce roman comprendra que l’auteure est croyante. Il m’apparaît tout à fait naturel que ce que je suis transcende ce que j’écris. Mes personnages sont plongés dans des situations extrêmes car dans la vraie vie, c’est souvent le cas. Je tiens beaucoup à ce que les histoires que j’écrive ressemblent de près à la réalité de la vie. Je suis une personne qui à des choses à dire, voire à crier, mais étant timide et n’étant pas une grande oratrice, l’écriture m’offre l’opportunité de combler ce besoin, le tout à travers une histoire distrayante.

Q. Il est question de conformisme familial qui se dégénère et qui se transforme en attitude presque malsaine. Est-ce un subtil message de mise en garde contre le déséquilibre psychique que l’auteur voulait passer ?

 R. Comme dans la réalité, la société nous impose des contraintes qui poussent à poser des actes qui parfois se révèlent immondes, indignes. A titre d’exemple, Nancy était prête à tout pour plaire à son père. Par malheur, le fils en fait autant envers sa mère. Cette espèce de crainte, de peur d’être jugé, rejeté peut nous faire basculer dans l’agissement du pire ou encore nous sauver dépendamment de la façon que nous gérons notre vie.

Q. Dans l’univers du roman, il n’y a pas réellement de place pour le sexisme, la discrimination féminine. Au contraire, les femmes accomplissent leur vie sociale par ambition pour ensuite se tourner vers des sentiments de regrets au moyen des examens de conscience. Doit-on comprendre que l’émancipation féminine, selon l’auteure, est une voie de tourmente ?

R. L’émancipation de la femme était une étape essentielle. A mon avis, elle n’est pas nuisible. Par contre, je considère l’émancipation de certains aspects de la société comme étant nuisible. Les anciennes valeurs qui ont fait leur preuve que l’on refoule aux pieds me dérangent. La société mets de nos jours à l’avant plan des choses qui était plutôt cachées avant ou qui n’étaient pas autant répandus tels que les clubs échangistes, les drogues et bien d’autres artifices qui compliquent l’existence humaine. Il en résulte qu’au lieu de nous libérer comme on voudrait le croire, cela nous complique encore plus la vie. Les sentiments de regrets au moyen d’examen de conscience c’est nos peurs, nos craintes, nos doutes qui nous hantent et c’est ça que j’ai voulu inscrire dans l’œuvre.   Q. D’après vous, est-ce le lieu d’origine d’un auteur qui détermine la classification de son œuvre ou le contenu de son œuvre, lorsque ce dernier se situe à frontière de deux nationalités ?

 R. En ce qui me concerne, c’est le contenu. Je suis née dans petite localité nommée Hatte-Grandmont de la commune de Dessalines, non loin de Marchand, la ville. Cependant, j’ai grandi au Québec, une société libéraliste. Le lieu de naissance ne saurait déterminer la classification de mon œuvre ! Ce que je suis aujourd’hui est façonné de beaucoup par la société québécoise. Pendant longtemps, j’ai été tenaillée. Je ne savais pas où se situait mon appartenance culturelle. Si je me disais et me sentais québécoise, j’avais l’impression de trahir ou de rejeter mes origines haïtiennes. Et pourtant, je n’avais pas non plus l’impression d’être intérieurement l’haïtienne typique que mes origines démographiques m’imposaient J’étais prise entre la culture haïtienne et québécoise. Après maintes années de confusion, je suis arrivée à la conclusion que je ne pouvais pas renier l’apport de sang haïtien qui coulait en moi, de celui de ces esclaves africains amenés de force en Amérique, que mes ancêtres ne sont pas Samuel de Champlain, Papineau & Co, mais Dessalines et tous les autres. Aussi, j’ai comprit qu’il était possible d’être parfaitement intégré à la société québécoise sans m’assimiler. C’est ainsi que j’ai trouvé mon équilibre. Je ne renie pas mes origines de race noire, car comme dit le vieil adage « Quiconque renie son passé est appelé à le revivre. »

Q. Il y a matière à une suite d’après la fin du roman. Peut-on espérer une ? Et quel personnage serait à l’honneur ?

 R. Pour le moment, je passe à un autre roman. Advenant que le public réagisse favorablement au premier, j’envisagerai une suite. – Écrivez-vous pour vous-même ou principalement pour le public ? Pas nécessairement, mais je m’attends à des réactions, un intérêt, une demande… Au cas où il y aurait une suite, ce sont les deux frères (Michael et Ricky) qui seraient au premier plan. – De grâce, il ne faudrait pas passer sous silence Christina, la secrétaire. (Rire) D’accord, je tâcherai de lui aménager une place dans l’histoire…

Q. Vous m’avez confié que vos deux enfants ont été complices de la période de création du roman puisque vous étiez enceinte une première fois, puis une seconde fois avant la fin de l’ouvrage. Était-ce une expérience unique ? Ou encore autant de bébé, autant de roman ?

R. Mon projet d’écriture ne date pas d’hier. Cela remonte au secondaire. J’ai continué à nourrir l’idée au Cégep. Après, je me suis retrouvée sur le marché du travail. Mais à l’époque où j’étais enceinte, je bénéficiais d’un programme de prévention de maternité en raison de la manipulation de liquide biologique que j’exerçais dans mon travail. J’en ai profité de ces deux retraits préventifs pour débuter et achever mon roman. Je vous dirais que c’était circonstanciel puisque ce programme n’est plus valide. On est confiné dans un bureau, loin des liquides biologiques, et il faut travailler jusqu’à la date limite. A présent, je dois définitivement me créer du temps pour écrire.

Q. Au chapitre vingt-huit, Michael, le fils de Nancy ce heurte à une grande déception lorsqu’il déclare son amour à son ami Ricky. Ce dernier le repousse violemment en le traitant de désaxé sexuel. Le choc d’un accident qui s’en est suivi a failli lui coûter la vie. Durant sa convalescence, il a procédé a examen de conscience et fini par retenir le comportement autoritaire et la froideur de sa mère pèsent lourdement sur sa vie et même sur son orientation sexuelle.

Dans le sens plus général pensez-vous que la femme n’a plus autant de pouvoir de séduction sur les hommes, c’est ce qui expliquerait cette vague de conversion des couples de même sexe ?

R. Je suis d’avis que la déviation sexuelle d’un individu est reliée directement à l’environnement dans lequel il a grandi quoi qu’il m’arrive parfois de douter de cette théorie. Le phénomène de l’homosexualité mis à part, il y a également d’autres facteurs qui comme la colère, peuvent affecter la personnalité de ceux qui la subissent. Ce que je veux dire c’est qu’il a certains comportements qui peuvent atteindre notre façon d’être en profondeur influençant notre caractère soit de fort en faible. C’est pourquoi, je trouve important que chacun s’examinent et pensent aux tords qu’il pourrait causés aux individus de leurs entourage par leur comportements excessifs. Pensez surtout aux enfants !

Q. Durant sa jeunesse, Nancy dévoile un tempérament calculateur. Elle est celle qui a un « doigt sur l’aventure, le pied sur l’inventaire. » Pourtant, ce n’est pas avec cette carapace qu’elle a su trouver la paix intérieure. Est-ce le point de vue spirituel ou psychologique qui le plus important pour l’auteure ?

R. En réalité, les deux. Personnellement, la spiritualité fait partie intégrante de moi qui suis l’auteure. Et n’ignore pas que le côté psychologique nous permet d’atteindre notre objectif. Je soutiens que la spiritualité est un apport obligé de l’être humain. Elle nous permet de nous rendre plus loin, de nous surpasser.

Dans le cas de Nancy, durant sa jeunesse, elle avait le pouvoir de manipuler son entourage, son père plus précisément. Et elle s’est rendue compte que la force de mentir ne garantie pas une vie heureuse. On peut posséder le monde et se sentir seul, vide de sens, non valoriser. En fait, il nous faut l’équilibre des deux aspects (psychologique et spirituel). On a tous besoin de croire en quelque chose pour atteindre nos objectifs. Croire en quelque chose, c’est avoir FOI. Qui n’a foi en rien, n’aboutit à rien dans sa vie. Je crois personnellement que Dieu nous a crée avec une place vide en soi réservée à la foi, au spirituel. Certaines personnes la place en lui, d’autres, l’attribut à autres choses... Pour moi, tout homme à foi en quelque chose et la vie de tous les jours nous soumet à des actes de foi. A titre d’exemple, c’est avoir foi dans le pharmacien que d’avaler les pilules qu’il nous donne, car qui nous dit le flacon contient les ingrédients. On se fie sur la foi de la posologie. Tout homme a foi en quelque chose. Même l’athée a foi en son athéisme.

Q. L’aspect de l’aisance financière des personnages est formidablement bien soutenu. Cependant, vers la fin de l’aventure, le lecteur est saisi d’une impression que la narratrice prend beaucoup de plaisir en endossant le goût du luxe pour ses protagonistes, alors que eux, ne manifestent presque pas de tendance bourgeoise. Qu’avez-vous à répondre face à cette situation ?

R. Je dois vous avouer que c’est intentionnel. Car celui qui est en dehors de la vie de la personne qui vie dans l’opulence s’exalte davantage pour l’autre. La société nous fait miroiter que les gens riches mènent la belle vie, et pourtant, ce n’est pas toujours le cas. Dans mon roman, les riches sont parmi les plus malheureux. Ils n’ont pas de problèmes d’argents mais ont des gros problèmes émotionnels ou de conscience

L’autre facette que j’ai voulu présenter, c’est qu’on ne devrait pas se complaindre dans sa misère, sa pauvreté. Ce n’est pas parce que les riches de mon roman ne sont pas heureux que la richesse soit mauvaise. Leurs malheurs n’ont rien à voir avec l’argent. Le RÊVE est là pour nous plonger dans l’imaginaire. Ma foi chrétienne n’est pas synonyme de pauvreté matérielle. Job, Abraham et Salomon étaient tous des gens prospères selon la grâce de Dieu.

Q. Croyez-vous au destin madame Charles ?

R. Je crois en partie que les gestes qu’on pose aujourd’hui peuvent avoir une influence directe sur notre vie de demain. Du moins, il y a une partie que l’on peut contrôler. Je m’en remets à Dieu pour tout le reste.

Q. La toute dernière question s’impose. Avez-vous eu l’impression que j’étais une lectrice casse-pieds, fouinarde et inquisitrice ?

R. Pas du tout. Au contraire ! Je suis surprise de constater que vous avez pointé pratiquement tout ce je voulais mettre en évidence. Je souhaite que tous ceux qui lisent ce roman en fassent autant !




BÔ KAY NOU


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