Mise à jour le 12 juillet
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Mercredi 26 juillet 2017 14:32 (Paris)

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Le Nègre Conquérant

« La peau et le pays
d’où jamais je ne sors,
que jamais je ne quitte
Enfer est l’envers
que personne ne touche
 »

Jacques Izoard

Dany Laferrière fait encore dans la provoc ! Après avoir conquis l’Amérique et planté au Québec sa tente d’écrivain nomade, celui qui considère l’écriture comme un coup de poing sur la gueule du lecteur vient de récidiver en s’autoproclamant, « écrivain japonais ».

Texte proposé par Roody Edme via Le Coin des Lecteurs

Et pan dans le conformisme identitaire ! Ce dernier roman de Laferrière arrive dans le « mitan » d’un débat passionné sur la double nationalité au pays qui l’a vu naître.

C’est vrai que Dany n’est pas un politique et en tant qu’écrivain il peut se jouer du réel et s’imaginer s’il le veut être un martien ou comme Baudelaire un Albatros.

Certains écrivains ont lutté toute leur vie contre une forme « meurtrière » de l’identité et Dany est de ceux qui n’arrive pas à prendre longtemps racine et qui s’imagine que la planète entière leur appartient. Cet écrivain est un monstre sacré qui fait de la liberté un but ultime, la liberté d’aller et venir où bon lui semble dans le monde, de s’y établir et puis inconstant de mettre les voiles. Tout se passe comme s’il considérait son Petit-Gôave natal comme une rampe de lancement pour partir à la découverte imaginaire d’un monde qui ne doit pas appartenir qu’aux maîtres de la technologie mais à tous les « terriens ».

La trame de son dernier roman a pour cadre Montréal mais rayonne jusque dans l’archipel nippon, mondialisation oblige. Un écrivain-narrateur décide avec beaucoup d’effet d’annonce, d’écrire un livre dont le titre provocateur : « je suis un écrivain japonais » provoquera là-bas une petite « révolution culturelle ». On se prend de passion pour cet écrivain noir et la société nipponne s’emballe pour ce livre sésame qui ouvre le Japon, pays traditionnellement méfiant vis-à-vis des étrangers, sur un monde jusque là inconnu.

Je n’ai pas pu m’empêcher par un curieux effet de symétrie avec le réel de penser à l’emballement de l’Amérique toute couleur confondue pour un candidat noir d’origine « mi-étrangère ». L’imaginaire n’est pas seulement l’autre du réel, qui offrirait comme tel, la chance momentanée d’en fuir les contraintes. Il peut être une tentative pour préfigurer le réel futur.

Dany est un dandy dans le sens que l’on se l’imaginait dans l’Angleterre du 19e siècle, une insolence polie et une parfaite indifférence à l’opinion, sinon pour la provoquer. Le dandy ne cultive-t-il pas le beau aux dépens du vrai, du bien et de l’utile en posant volontiers devant lui-même.

Ecrivain de l’ailleurs, il semble faire sienne ces paroles du poète « Homme libre, toujours tu chériras la mer » et le rire énorme de la mer vient en écho à son identité multiple.

Une identité multiple taillée dans le roc de l’intolérance politique des années 70 quand un décret pouvait faire de n’importe quel citoyen un apatride...et qu’il ne vous restait qu’une alternative que de chérir la terre d’accueil et... peu à peu chez Dany, c’est devenu une philosophie.

Si on est partout chez soi, les dictateurs ne peuvent plus nous mettre hors du monde. Jean Robert Hérard et Pierre Clitandre en arrivant dans leur exil américain au début des années 80 découvrirent un Dany Laferrière qui refusait la notion de l’exil comme punition, la « mise au piquet dans la neige » comme il l’écrivit sur une carte postale que m’avait montrée Huguette Hérard. Il ne s’imaginera jamais comment cela nous avait remonté le moral. Pour lui, passer de la rue Geffrard à Port-au-Prince à la cinquième avenue à New York n’est qu’un simple changement de perspective.

Seul un romancier peut nous faire voir un monde optimiste à travers la buée douloureuse de nos larmes. Gengis Khan a conquis d’immenses terres d’orient en commandant à des légions de terribles guerriers, Dany part à la conquête du Japon à la tête de bataillons de mots avec pour tout bouclier son imaginaire vagabond. Dans cette tonalité chère au poète Jacques Izoad « Quelques mots survivent : délire, folie, révolte,...tu dévisages enfin l’autre en toi-même » Anna Moï une vietnamienne ayant fait le chemin inverse en ouvrant grande ses bras à l’Occident écrit « En terre littéraire comme en tout lieu d’essaimage humain, nous sommes quelques uns, avec ou sans étiquette, à incarner l’autre... »

Quant à Dany, étonnant voyageur impénitent, je ne saurais nullement surpris d’apprendre un jour qu’il se serait réfugié, le crâne rasé, sous une robe de safran au pays du dalai lama. Lui qui adore « se fâcher pour les autres ».

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BÔ KAY NOU


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