Mise à jour le 22 juin
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Mardi 27 juin 2017 03:56 (Paris)

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Un discours qui n’apprend rien…

Que voulait dire le président Martelly à l’assemblée générale des Nations unies ? Pas grand-chose. Jusqu’ici, certains observateurs n’arrivent pas à cerner le contenu de son message. S’il y a eu message. M. Martelly marche, dit-on, dans les pas de ses prédécesseurs. Une quête incessante de légitimité internationale, une volonté démesurée de plaire à l’étranger et d’accomplir son mandat, voilà ce qui a transpiré de ce discours. La main qui donne étant la main qui dirige, le président voulait éviter de froisser la sensibilité des bailleurs. Mission accomplie ! Entre temps, le sentiment nationaliste des uns a pris un sévère coup alors que le désir de justice des autres reste encore inassouvi.

Lionel Edouard// LM

Sans relief, sans accent particulier, le discours du président a laissé la communauté internationale sans réaction ou du moins la fraction à laquelle elle fut adressée. En effet, aucune position n’a été prise par le chef de l’Etat sur les grands dossiers tant internationaux que nationaux. Les derniers ont simplement été effleurés. Sur le plan national, aujourd’hui les débats s’articulent autour des thématiques comme : la reconstruction ; le retrait de la Minustah et le dédommagement des victimes notamment celles du choléra ; l’éducation, une des priorités du chef de l’Etat, n’a été mentionné que deux fois dans son allocution.

Un ensemble de paramètres sont á la base des grandes lignes du discours du président. Selon le professeur Alain Gilles, parmi ces éléments figurent les conditions de l’accession de M. Martelly au pouvoir, la dépendance économique et à un autre niveau la dépendance politique du pays. Le chef de l’Etat a donc les mains et les poings liés. Le président semble versé dans un néo-conservatisme ancré dans une tradition de « woulem de bò », afin que tout le monde puisse au final s’en tirer à bon compte.

De la Minustah…

L’un des prétextes qui justifie la présence de la force onusienne est le fait qu’Haïti constitue selon la communauté internationale une menace pour la paix régionale. La peur de frustrer la sensibilité des interlocuteurs internationaux aura fait commettre de nombreuses lâchetés à nos autorités. Les différentes exactions de la Minustah ainsi que son retrait qui de l’avis de certains politiques devaient figurer au centre du discours du président ont été très mal abordés. La résolution prise par le sénat a été étrangement oubliée. Elle fut trop tardive, dira-t-on.

Les dossiers du choléra et du viol du jeune Johny Jean qui font couler beaucoup d’encre, et qui constituent à date les principaux griefs des manifestants qui réclament le départ de la Minustah, n’ont nullement été mentionnés ou du moins ils ont été noyés dans une « généralité complice ». Sans les déclarations et les excuses du vice-président uruguayen, le viol serait resté inconnu de l’assemblée. Même au niveau national, si ce dossier a eu l’écho qu’on lui connait, c’est grâce aux organismes de défense de droits humains, selon Alain Gilles. Le rapport de la bureaucratie et/ou de l’état à la paysannerie a toujours été un rapport de mépris. L’état ne s’est jamais soucié des conditions de ceux qui vivent dans le « pays en dehors ». Ceux-ci ont toujours été traités avec très peu d’égard. Le président n’a fait que rentrer dans ce schéma, analyse le professeur d’université. La démagogie ambiante est plus qu’étouffante, remarque-t-on. Le président doit montrer qu’il veut et qu’il peut sortir de la camisole traditionnelle pour redonner espoir aux affligés.

Par ailleurs, Michel Martelly a estimé que la Minustah devait participer au projet de développement national inscrit dans son programme. Dérapage ! Ce fragment du discours a du pousser les auditeurs du président lors de cette séance à s’interroger sur sa connaissance réelle des grands dossiers. Haïti est membre fondateur de l’Onu, conséquemment, presque tous les organes spécialisés de cette organisation notamment ceux qui s’investissent dans le développement sont représentés dans le pays. Il s’agit entre autre de l’Unesco, l’Unicef, le FAO, l’OMS. La Minustah ne peut donc nullement se dénaturer et empiéter sur le terrain des autres entités, fait remarquer Alain Gilles.

Stabilité…

Ce concept qui jusqu’ici parait insaisissable pour la communauté haïtienne est au regard de ce discours cher au chef de l’Etat. La stabilité passe pour M. Martelly par quatre axes majeurs : l’Education, l’Emploi, l’Environnement, l’Etat de droit. Le président n’est pas forcément en contradiction avec la Minustah en évoquant la stabilité. Toutefois, suivant les actions de la force onusienne, la stabilité semble être réduite dans le contexte actuel à une question de sécurité interne et externe. C’est une manière d’éviter les violences infra politiques qui visent essentiellement à affaiblir l’état pour permettre aux bandits de disposer du territoire national comme base arrière pour toute sorte d’activités illicites, souligne M. Gilles.

La Minustah est donc un outil entre les mains de l’international pour combattre le banditisme international, le narco trafic ainsi que le terrorisme vu que l’Etat haïtien, très affaibli, n’est plus en mesure de contrôler ses frontières. L’optimiste que la force onusienne telle que conçue peut se transformer en agent de développement constitue donc un refus d’engagement de l’Etat Haïtien et une preuve de plus de l’amateurisme qui caractérise depuis quelques années les autorités dans le traitement de certains problèmes majeurs.

Reconstruction…

Autre grand dossier, autre raté. Le président a-t-il trouvé des garanties que la CIRH fera enfin atterrir les prémices de la reconstruction et du même coup apportera une solution au problème des sinistrés du 12 janvier 2010 ? Pas sûr. En tout cas, le changement de ton, face à l’organe chargé de reconstruire le pays est frappant et inquiétant. Deux ans après, le président n’a pas cru bon de dire à l’international que ce dossier a été mal abordé et que son peuple attend encore. Etonnant ! Près de la moitié des fonds ont déjà été dépensés. Autant d’éléments qui ne peuvent que nourrir la frustration des victimes.

« Quand la reconstruction attend, l’attente peut devenir impatiente et dommageable ». Bien dit M. le président. Mais, le renouvellement du mandat de la CIRH est-elle la solution ? Non, selon certains parlementaires. Sachant que la partie haïtienne a toujours été très négligée dans les débats, rapatriée la reconstruction est quasiment impossible, dit-on.

Encore le changement…

Le changement, principal slogan qui traversa ce discours n’est pas pour demain. La société est structurée de manière à favoriser un petit groupe de gens. Le désordre qui existe, peut-être un ordre qui favorise certaines catégories sociales, explique Alain Gilles. C’aurait pu être une praxis politique, une pratique de pouvoir intéressante. Mais, ce fut un mot vide de sens. Il n’est donc pas étonnant qu’il n’ait pas été clairement défini dans le discours. Les modalités du changement n’ont pas été bien établies.

Il fallait évaluer la situation et déterminer les grandes orientations, ce qui n’a pas été fait, selon M. Gilles. Identifier les forces anti-changement pour savoir quelle disposition adoptée, aurait du être une priorité, croit-il. Le frisson nouveau apporté par l’inédite élection de M. Martelly se perd donc dans le vestibule. Il ne sera probablement jamais exploré. Ce n’est pas forcément l’aspect matériel du changement qui est important, fait remarquer M. Gilles, mais surtout la résolution des conflits sociaux car une société évolue autour d’un ensemble de valeur.

Prouver que Sweet-Micky peut devenir Michel Martelly ne suffit pas. A trop vouloir prouver qu’il peut assumer pleinement la fonction de président, M. Martelly se noie, d’autant que ses conseillers ne jouent pas pleinement leur rôle. Pour changer les choses, il faut d’abord savoir comment le faire, c’est-à-dire disposer de la technicité et des moyens pour le faire. Il faut un leadership collectif.

Le rapport du président au temps et à la société ne favorise en rien le changement. Etant un artiste, il fonctionne suivant son humeur, explique Alain Gilles. Son rapport à l’autre doit être changé, mais en est-il conscient ? Pourtant il le faudra bien, puisque la frustration et la haine des bourreaux d’un peuple trop longtemps humilié l’attendent au détour.




BÔ KAY NOU


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