Mise à jour le 12 juillet
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Mercredi 26 juillet 2017 14:40 (Paris)

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MARTINIQUE : 22 mai 1848 - 22 mai 2011 : 163 ans après, La Martinique commémore l’abolition de l’esclavage.

MartiniqueLa Martinique se souvient du 22 mai 1848, jour où les esclaves se sont défaits de leurs chaînes. Il y a 163 ans, à force de révoltes et de détermination, les esclaves martiniquais ont arraché eux-mêmes leur liberté, avant que le décret d’abolition ne parvienne jusqu’à eux.

Conférences, marches, retraite aux flambeaux, vidé, bèlè... Les 21 et 22 mai, c’est toute l’île de la Martinique qui célèbre les esclaves libérés.

Caraïbe Express

Retour sur une libération obtenue après deux jours d’émeutes décisives.

La révolte gronde

En Martinique comme dans les autres colonies, les esclaves n’ont jamais cessé de lutter pour obtenir leur liberté. Le 27 avril 1848, sous l’impulsion de Victor Schoelcher, un décret proclamant l’abolition de l’Esclavage dans les colonies françaises est enfin adopté. Il entre en vigueur le 23 mai en Martinique.

Après la publication du décret à Paris, les esclaves ont vent de ce qui se prépare dans l’Hexagone. Tous les jours, on espère l’arrivée du décret salvateur abolissant l’esclavage. Les esclaves doivent être affranchis dans les deux mois qui suivent... Cependant, les journées puis les semaines passent et la libération tant espérée n’arrive pas. Les esclaves craignent que ce décret soit factice. En effet, le rétablissement de l’esclavage huit ans après son abolition de 1794 reste gravé dans les esprits.

Certains bourgeois de couleur et quelques démocrates blancs s’allient à la cause des esclaves et entrent en campagne pour réclamer leur libération immédiate. Les esclaves sont à bout, le sentiment de révolte prend de plus en plus d’ampleur.

Les émeutes de Saint-Pierre

Les 21 et 22 mai 1848, l’île est le théâtre de nombreuses émeutes. A Saint-Pierre, un esclave est arrêté et conduit en prison pour avoir joué du tambour. La nouvelle se répand très rapidement. C’est l’embrasement. Plus de 2 000 esclaves se saisissent de coutelas, de lames et de bâtons et vont réclamer sa libération. Ils se heurtent à des maîtres armés de fusils.

Vingt-cinq esclaves sont tués. La vue de ces cadavres et des nombreux blessés décuple la volonté des insurgés. Ils menacent d’incendier toute la ville. Paniqué, conscient de son impuissance face à la détermination des esclaves, le conseil municipal se réunit d’urgence et vote l’entrée en vigueur immédiate du décret d’abolition à Saint-Pierre.

Le décret entre en vigueur

Le lendemain, le 23 mai, alors que des incidents similaires se déroulent dans d’autres villes de la Martinique, le gouverneur décrète l’abolition de l’esclavage et l’abandon des poursuites contre les insurgés.
Conformément au décret voté à Paris, les colons sont indemnisés pour la perte de leur main d’œuvre gratuite.
Quant aux esclaves, ils ne bénéficient pas de ces largesses et devront survivre par leurs propres moyens.

Chaque 22 mai, les Martiniquais commémorent par un jour férié non pas l’application locale du décret, mais la révolte de Saint-Pierre qui a permis l’abolition.


UN PEU D’HISTOIRE

MARTINIQUE : 22 MAI 1848. GUADELOUPE : 27 MAI 1848.
SOURCE TROPIC FM
Les récits officiels des événements ayant entraîné l’abolition de l’esclavage pratiqué dans les colonies françaises en 1848 ont pour habitude de passer sous silence ce qui s’est effectivement déroulé en Guadeloupe et en Martinique. Sur ces territoires l’esclavage fut en réalité abolit suite à une révolte massive des esclaves.

Que s’est-il donc passé avant la grande victoire des victimes sur leur système d’asservissement ?

En mars 1848 en Guadeloupe et en Martinique, les esprits s’enflamment pour la énième fois. Les Nègres refusent de se rendre aux ateliers et les premières bousculades commencent. L’administration coloniale française reste intransigeante. Pas question de céder devant les esclaves ! La tension monte.

En mai 1848, deux événements vont alors déclencher l’insurrection générale tout d’abord en Martinique :

1- L’arrestation arbitraire de l’esclave Romain, le 20 mai pour avoir refusé d’obéir à un ordre l’interdisant de jouer du tambour,

2- La fusillade du Prêcheur le 22 mai durant laquelle, plus d’une soixantaine d’esclaves ont été tués et plusieurs autres blessés dans une embuscade tendue par des Békés (blancs propriétaires des plantations), armés jusqu’aux dents, depuis les événements précédents.
Ces événements constituent la goutte d’eau qui fit déborder une coupe déjà plus que pleine.

LA RÉVOLTE A SAINT-PIERRE

Les esprits s’énervent et soudainement c’est la révolte ! Des centaines d’esclaves armés de couteaux, de sabres et de fourches, convergent vers Saint Pierre. Les maisons des Békés brûlent et avec une rapidité incroyable, la révolte se propage dans toute l’île.

Une seule chose peut maintenant arrêter les esclaves dans leur grande marche dévastatrice : La liberté !!!.

Vite dépassé par les évènements, le gouverneur de la Martinique, Rostoland, comprend que cette fois les Nègres sont tous unis et déterminés. Ainsi, il rend public un décret abolissant officiellement l’esclavage dans cette colonie française.

LETTRE AU GOUVERNEUR DE LA GUADELOUPE

Auparavant, il avait déjà adressé une lettre au gouverneur de la Guadeloupe pour lui faire part de ses inquiétudes : "Nous sommes dans une position épouvantable. Hier j’avais reçu des nouvelles alarmantes de St Pierre. Je me suis rendu tout de suite dans cette ville, mais déjà une députation du Robert était venu me demander protection contre les ateliers qui refusaient en masse le travail et qui devait, disait-on, se diriger sur le Morne Vert Pré, pour se répandre là sur le Lamentin. (...) J’ai cherché vainement à arrêter le mal, l’exaspération était à son comble, le peuple en pleine révolte. Ce matin, le conseil municipal est venu en masse réitérer sa demande comme mesure unique de salut. J’ai convoqué le conseil privé, les chefs de l’administration seront ici ce soir, je pense que nous décréterons, vu l’urgence, l’émancipation, ainsi que le propose la municipalité. (...) La responsabilité est lourde mais je suis fermement décidé à en accepter toutes les conséquences heureuses si je puis, par cette mesure, sauver toute la population du danger immense qu’un plus long retard ferait naître".

Au moment où le gouverneur de la Guadeloupe, Layrle, reçoit cette lettre, l’île est depuis 1847 en effervescence progressive.

LA COLERE GRONDE

La colère monte et plutôt que de se montrer ferme et intransigeant pour envenimer les choses, les autorités coloniales choisissent de multiplier les concessions et les appels au calme en allant même jusqu’à évoquer mai 1802 et la répression féroce des forces coloniales.

La stratégie générale vise à calmer les esprits en multipliant les décrets d’affranchissement d’esclaves et à promettre pour bientôt l’abolition.

En consultant la Gazette, (journal officiel de l’époque), on constate rapidement que ces affranchissements validés par le Conseil colonial, occupent une place importante.

Alors, on cherche à gagner du temps car le rapport de force est défavorable aux coloniaux et la question de l’indemnité des propriétaires blancs n’est toujours pas réglée.

Le 26 mars, le gouverneur de l’île édicte finalement une proclamation d’appel au calme. Le 27, c’est le Président du Conseil Colonial Ambert, colon esclavagiste, qui promet pour bientôt l’abolition. Le 29, c’est le tour du maire de Basse Terre,Lignières puis à nouveau au tour du gouverneur, Layrle. La valse des appels au calme et à la patience se poursuit. Autorités coloniales, collectivités territoriales, clergé...tous se relieront pour désamorcer la rébellion qui se prépare.

L’objectif pour tous est de faire en sorte que la liberté vienne du maître.

Le 4 avril, le gouverneur de la Guadeloupe s’adresse à nouveaux aux esclaves en ces termes :
« Mes amis, Vous avez tous appris la bonne nouvelle qui vient d’arriver de France. Elle est bien vraie, la liberté va venir ! Courage mes enfants vous la méritez .
Ce sont vos maîtres qui l’ont demandé pour vous. L’ancien gouvernement vous l’avait refusée parce qu’il voulait que chacun de vous se rachetât, mais la République au contraire va vous racheter tous à la fois.
Mais il faut que la République ait le temps de préparer les fonds du rachat et de faire la loi de la liberté. Ainsi, rien n’est changé jusqu’à présent. (...) Vous demeurez esclaves jusqu’à la promulgation de la loi.(...) mes amis, soyez dociles aux ordres de vos maîtres pour montrer que vous savez qu’il n’appartient pas à tout le monde de commander ».

Le 7 avril, le directeur de l’intérieur envoie une lettre circulaire aux maires demandant aux maîtres d’abolir les châtiments corporels pour apaiser les esprits.

PETIT-CANAL

Le 28 avril, le gouverneur écrit sa deuxième lettre de la journée au Ministre des colonies, cette fois, c’est un véritable cri de détresse qu’il lui lance : « Au Petit Canal, des agents de police ont voulu faire cesser de force un bamboula (soirée lewoz) sur l’habitation de Deville, il en est suivi une rixe par suite de laquelle l’un des agents de police est mort de ses blessures (...) Les noirs sont travaillés par certains agitateurs qui les égarent sur leur situation et qui détruisent la confiance qu’ils auraient dans l’avenir (...) Il n’y a donc pas un instant à perdre. Citoyen Ministre, il faut décréter l’émancipation promise afin d’éviter des troubles et des maux incalculables ».

C’est dans ce contexte d’agitation que le gouverneur de la Guadeloupe reçoit la lettre de son homologue de la Martinique lui annonçant la décision d’abolir l’esclavage, prise pour éviter une révolte massive.

LES ESCLAVES EN MOUVEMENT

Début mai 1848, un certain Chambert décide d’envoyer un courrier au Ministre des colonies pour lui annoncer que près de 13 000 esclaves en provenance de Baie- Mahault, de Pointe à Pitre et de la Grande Terre se sont rassemblés à la Gabarre.

Il s’agit du plus grand rassemblement d’esclaves de l’histoire de la Guadeloupe et cela prouve que les esclaves se sont entre temps organisés et qu’ils suivent leurs leaders.

SAMEDI 27 MAI 1848

Prenant la mesure de la situation, le gouverneur convoque en urgence, le samedi 27 mai 1848 à 6 heures du matin, le conseil privé avec un seul point à l’ordre du jour : l’abolition immédiate de l’esclavage !La séance se termine à 9 heures et le vote de l’assemblée en faveur de l’abolition est unanime.
Cependant, le problème de l’indemnisation des Békés n’est toujours pas encore réglé.

PROCLAMATION DE LARYLE

Peu après, Layrle rédige enfin la proclamation d’abolition tant attendue en ces termes :
« République Française Liberté - Egalité-Fraternité Proclamation du gouverneur de la Guadeloupe.Il n’y a plus d’esclavage en Guadeloupe. L’esprit de sagesse et de modération dont la population esclave a fait preuve méritait une récompense.
Il m’a permis d’avancer le jour de la liberté. Que nos nouveaux concitoyens continuent d’être modérés et sages. Qu’ils s’élèvent par le travail, les bonnes moeurs, la religion à toute dignité d’homme libre ! Qu’ils aident à rendre ce beau pays riche et florissant.
Des mesures pour réprimer le désordre et le vagabondage seront immédiatement arrêtés.
Tous mes soins, mes efforts seront consacrés désormais à obtenir pour les maîtres une légitime indemnité. Vive la République. Fait à l’hôtel du gouvernement, Basse Terre le 27 mai 1848, M Layrle ».

La Gazette officielle du 31 mai relate en termes dithyrambiques l’allocution du gouverneur Layrle.
Voté à Paris le 27 avril 1848, le décret officiel abolissant l’esclavage arriva sur l’île, escorté par le général Gatine, le 5 juin 1848.
Il ne put alors s’empêcher de déclarer : « Je croyais descendre sur une terre d’esclavage et je mets le pied sur une terre de liberté ».

Les esclaves en Martinique et en Guadeloupe n’ont pas attendu l’arrivée du décret officiel abolissant l’esclavage.




BÔ KAY NOU


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