Mise à jour le 12 juillet
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Lundi 21 août 2017 17:50 (Paris)

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Le Poker d’As Est-il pour Gringo ?

En désignant René Garcia Préval comme successeur en 1995, le président Tim Tim Bwa Shèche joue la partition politique traditionnelle haïtienne qui consiste à placer un être manipulable au timon de la res publica. L’ancien prêtre l’était en apparence quand une coalition de partis politiques lui avait jeté leur dévolu en 1990 comme coq de bataille. François Duvalier le timide qui ne s’exprimait qu’à peine en public devenait le choix idéal des magouilleurs haïtiens et étrangers en 1957

Par Ray Killick

Pourtant, Dubal et Bwa Shèshe se sont révélés, contrairement aux attentes, autrement plus habiles à manipuler leurs manipulateurs et les éliminer éventuellement. René Préval a l’avantage également d’être un politicien beaucoup plus futé que l’orateur de carrefour qui fait des grimaces en Afrique du Sud comme un enfant qui, en réaction aux bonbons de Préval à Baby Doc, pleurniche et réclame sa part. Préval emploie le même paradigme avec sa carte Jude Célestin. Cependant, s’il a gagné la première partie de Poker avec sa main (Baby Doc et Miguel Insulza), il mise dangereusement tous ses atouts dans une seconde manche qu’il ne peut gagner.

LA RELÈVE POLITIQUE

Pour un vrai leader patriote, la relève politique est une urgence qui se prépare dès son arrivée au pouvoir. C’est un vieux principe de gestion depuis l’antiquité, depuis le temps de l’Imperator Caesar Augustus Pontifex Maximus, le premier empereur romain, fils adoptif et petit-neveu de Jules César et père de la civilisation occidentale : "J’ai trouvé Rome en briques, je l’ai transformée en marbre." Quinze siècles d’influence sur l’Occident ! Une empreinte qu’on retrouve indélébile dans les grandes capitales occidentales, Paris, Bonn, Rome, et Washington, etc. À corporate America, l’une des tâches d’un bon manager est de préparer la relève. Même quand on ne peut reproduire un Warren Buffett, celui-ci prépare de manière méticuleuse la direction future de Berkshire Hataway. Et si Steve Jobs, le plus grand innovateur do notre époque, est irremplaçable à Apple, il laisse à celle-ci une culture qui lui permettra de dominer ses marchés pour des années encore.

Le leader responsable et éminemment imbu de sa mission et de ses responsabilités envers son peuple ou son entreprise ne désigne jamais un incapable pour le remplacer. Or chez nous, c’est justement le contraire, car la mission n’est pas de construire mais de pérenniser l’État féodal dépendant pour sa survie de la charité internationale. La camarilla qui encadre le président Najé pou Soti est bien ancrée au pouvoir par des liens conjugaux et les relations étroites entre les puissants du secteur privé et le régime du chaos. Aujourd’hui, cette camarilla n’entend point céder un pouce de ce pouvoir, car elle a les yeux sur les contrats juteux de la reconstruction. Elle a déjà le pied à l’étrier d’un autre cheval de bataille, le cas échéant.

La relève politique assure chez nous une continuité malsaine qui pérennise l’État de non-droit, le système féodal, j’insiste "féodal". La stabilisation d’Haïti ne se fera pas en mettant le pays en quarantaine comme l’a fait George W. Bush, c’est-à-dire en contenant sa population aux abois pour l’empêcher de tenter sa chance dans une traversée périlleuse où les dents de la mer mettent souvent fin aux tourments individuels pour l’éternité. La stabilisation d’Haïti ne se fera pas par la MINUSTAH. Elle est une affaire haïtienne qui consiste à démanteler l’État féodal des privilèges illicites et de l’aliénation et marginalisation de tout un peuple et refonder l’État en "marbre".

MAUVAISE APPROCHE

Quelle est la main aveugle qui dirige ce pays ? Le président George W. Bush orchestrera la mise en quarantaine d’Haïti. C’est le containment de la population. Combien d’aventures de boat people a-t-on enregistrées depuis la chute d’Aristide ? Zilch, comme disent les Américains, ou presque. Mission réussie ! Puis on ferme les yeux sur le reste, sur la gestion désastreuse de l’Onu, les magaouilles de Miguel Insulza et son compère Préval. Car en fait, l’aide internationale est octroyée plutôt aux ONGs.

Alors, peut-on parler de mise sous tutelle quand on affaiblit l’État au lieu de le renforcer ? Peut-on parler de mise sous tutelle quand le registre des électeurs n’est pas mis à jour après le tremblement de terre dévastateur du 12 janvier 2010 pour préparer des élections crédibles ? Peut-on parler de mise sous tutelle quand on n’assure pas la bonne marche des élections du 28 novembre et qu’on sait pertinemment que celui qui a manipulé deux élcetions présidentielles et deux élections législatives portera le même coup au vu et au su de l’International ? Quelle est ce genre de tutelle ?

Non, il ne s’agit pas de tutelle, mais de brigandage international que permet la vraie mission de mise en quarantaine d’un peuple ou de containment.

REDÉFINITION

Cependant, il semble qu’une redéfinition de l’approche internationale envers Haïti soit en cours depuis quelques semaines. L’ambassade américaine donne le ton après les élections frauduleuses du 28 novembre. Une mission d’experts de l’OEA est dépêchée pour un post mortem du premier tour et rend un verdict qui révèle des fraudes scandaleuses orchestrées par le pouvoir en faveur de Jude Célestin. Puis Préval joue sa main en un coup de Poker magistral qui a pour effet de recentrer le débat politique autour de Baby Doc et démobiliser le peuple. Le Département d’État renchérit en haussant le ton et mettant carrément Préval et son gouvernement au pied du mur. Il suspend 12 visas d’officiels du gouvernement et le menace de perdre le support international s’il n’applique pas les recommandations du rapport de l’OEA et organise le second tour des élections dans le plus bref délai. Le brésil, l’UE, et le Canada partagent la position américaine. Et la presse américaine, baromètre fidèle du ton de Washington, tirent les salves d’obus qui marquent ordinairement les fins de régime en Haïti.

Depuis le cri d’Accra d’Obama, c’est pour la première fois qu’on voit renaître apparemment une volonté politique américaine d’engager directement un gouvernement corrompu de quart monde. Face à la tendance intellectuelle superficielle à rationaliser le déclin des États-Unis dans les affaires de l’hémisphère, faut-il rappeler qu’il s’agit toujours de la seule superpuissance du monde en dépit des progrès extraordinaires des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Trois fois plus grande que celle de la Chine (GDP : 4.7 trillions), l’économie américaine (GDP : 14.1 trillions) même en difficulté demeure la première du monde. Et avec la moitié des universités de la planète, l’Amérique est toujours championne des technologies innovatrices et révolutionnaires. Si les rôles sont renversés, les États-Unis, pays le plus endetté, face à la Chine avec $2.5 trillions de réserves, ils n’en demeurent pas moins les vrais maîtres de l’hémisphère jusqu’à nouvel ordre.

UN IMPÉRATIF CLAIR

Si Obama assouplit l’engagement américain à travers le monde par la diplomatie et, de ce fait, redonne à l’Amérique un visage humain dans les affaires internationales, il est toutefois prématuré de parler d’un challenge sérieux de son hégémonie hémisphérique. Tout comme il est prématuré de parler d’une hégémonie du Brésil. La percée du Brésil dans les affaires politiques du globe (Iran, Haïti) reflète certes son nouveau poids économique mais aussi et surtout une calibration particulière de la présence globale américaine entamée depuis Bush.

C’est pour ainsi dire que le brigandage international en Haïti n’est pas dû à un hypothétique affrontement Nord-Sud mais plutôt aux menées subversives d’une mafia internationale qui représente la seule entité à bénéficier du chaos organisé. Ceci sous des formes différentes : trafic de drogue, expériences biologiques sur la population sans défense, pots de vin, kidnapping, monopolisation du marché, etc. Ceci est le défi pour l’administration Obama et ses alliés et également pour toute administration haïtienne sérieuse qui prendrait un jour la relève avec l’objectif impératif de refonder l’État.

POKER D’AS

Si le défi est clair, et que l’administration d’Obama et ses alliés le comprennent, les jours de Préval et de son régime sont comptés. Les dés sont jetés. Les mains sont données. Préval n’a plus aucune carte à jouer, sinon qu’à choisir entre l’exil ou demeurer dans un pays dirigé par un adversaire politique, avec tous les risques que cela comporte en Haïti.

Si d’aventure, il se montrait assez clairvoyant pour contrôler le pouvoir à travers la législature élue et jusqu’ici paradoxalement non contestée, il pourrait, dans un premier temps, donner du fil à retordre au prochain régime. Cependant, celui qui frappe par l’épée périt aussi par l’épée. Son même remède peut lui être appliqué.

Préval et ses alliés ne peuvent pas remporter cette dernière partie de Poker. Porte-parole du Département d’État parmi les nations, l’ambassadrice Susan Rice a été catégorique et impérative quant aux attentes de l’administration Obama. Il serait alors prudent pour Préval d’intimer au CEP l’ordre d’agir dans le sens de la justice.

Si Préval a tout misé dans cette dernière partie, c’est parce qu’il est sorti trop confiant dans la première manche qu’il a remportée. Il n’est pas prudent de faire la sourde oreille face à une stratégie qui consiste à liquider une certaine mentalité politique avant la reconstruction du pays sous l’égide d’une nouvelle culture. Le Poker d’as est désormais pour Gringo.




BÔ KAY NOU


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