Mise à jour le 12 juillet
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Mercredi 23 août 2017 02:18 (Paris)

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Face à l’adversité, Garry Conille tient Bon…

Garry Conille fut à un doigt de se rétracter. Une fois de plus, les dérapages au sommet de l’Etat font des remous. Cette fois-ci, ce sont les proches du président qui s’y sont mis. Thierry Mayard Paul aurait pressé le premier ministre désigné de signer une lettre de démission non-datée.

Lionel Edouard

Malgré son air autoritaire et arrogant, son attitude envahissante, le président de la République semble ne pas être le seul maître à bord. Prisonnier de son cercle d’amis, de conseillers qui plaident leur propre cause et qui s’imposent de plus en plus comme force décisionnelle, Michel Martelly s’empêtre dans l’engrenage bureaucratique conservateur.

Pris entre plusieurs feux, la parade semble être difficile à trouver, puisque même les amis proches, les hommes de confiance participeraient au « complot ». Le chef de l’Etat ne devrait-il pas débroussailler son entourage ? La crise l’avantage-t-il ?

Impossible d’être affirmatif. L’affaire opposant le Premier ministre désigné Garry Conille et le chef de cabinet de M. Martelly étonne. Le Premier ministre désigné aurait en effet menacé de se retirer suite à des frictions avec Thierry Mayard Paul. Il lui aurait été demandé de signer une lettre de démission non datée, lettre qui aurait permis à la présidence d’obtenir à n’importe quel moment le départ forcé de l’éventuel Premier ministre en cas de désaccord. Malgré les démentis apportés par les deux parties, le mal est fait. Les explications des politiques du milieu, qui tentent de faire croire que c’est une pratique normale, n’ont pas convaincu. Ce genre de manœuvre, c’est du nouveau dans notre petit monde politique.

Le deuxième sénateur du Nord, Moise Jean Charles qui a vendu la mèche, a dénoncé également l’attitude de certains conseillers du président Martelly qui se seraient amusés à envoyer des messages téléphoniques à des parlementaires pour leur demander de voter contre M. Conille. Scandale ! Des cas similaires ont été répertoriés lors des séances de ratification de Daniel Rouzier et de Bernard Gousse, rapporte M. Jean Charles.

Cette démarche regrettable aurait été motivée par le fait que le choix de M. Conille aurait été imposé par l’international et que le chef de l’Etat n’exercerait plus aucun contrôle sur la formation du prochain gouvernement. De source proche de la présidence, on indique qu’aujourd’hui c’est le président qui se bat pour imposer des ministres. Certains des ministres pressentis par M. Martelly et qui auraient déjà pris place dans certains ministères, sous couvert du titre de chargé d’affaires, n’auraient pas la côte auprès de M. Conille. Cette lettre devait constituer un moyen de pression pour le président. Le Premier ministre désigné aurait opposé un refus catégorique à cette demande et envisagé de se retirer du processus de ratification, avant d’annuler la rencontre prévu avec le Forum du secteur privé. Il aurait même demandé à ses agents de sécurité de vider les lieux et remis les deux véhicules de service mis à sa disposition. Suite à cette altercation, diverses sources ont fait état d’intenses communications téléphoniques avec les missions diplomatiques.

Haïti vient donc d’être au bord du gouffre. Ce fut encore une très mauvaise mise en scène d’une arrière garde politique insouciante, inconsciente et au plus haut point irresponsable. Derrière l’outrance des actions puériles se cachent, dit-on, le désir inavoué de maintenir le statu quo de part et d’autre. Une trop grande proximité avec le Groupe des Parlementaires pour le Renouveau (GPR) et la plateforme de l’ex-président René Préval Inite, telle fut la faute de M. Conille et les prémisses de cet incident. Ces conseillers qui s’étaient retrouvés à l’Hôtel Karibe auraient participé au rejet des deux précédents candidats à la primature, rapporte-on.

C’est un coup de tonnerre politique sans précédent dans l’histoire d’Haïti. Des conseillers qui mettent en cause le choix du président, du jamais vu. Cette affaire qui devait être réglée dans le secret des murs du Karibe Convention Center, court les rues. Ces révélations qui ont alimenté les débats prouvent, dit-on, que le Président Martelly est loin d’être ce modernisateur farouche que le peuple attendait. Cet apôtre du changement qui devait rompre les liens avec l’ancien système et corrigés les bévues passées. Sa récente sortie devant les caméras de la télévision d’Etat en compagnie de M. Conille est loin de calmer le jeu.

Le président n’a cessé de marteler que son agenda est le fruit de longues réflexions, que son équipe est quasi constituée, avec des objectifs clairement définis. M. Conille constituerait-il un obstacle ? Cette fâcheuse affaire aura forcément des conséquences dans la vie politique du pays. S’il est vrai que le message de changement du chef de l’Etat l’a porté au pouvoir, il dégringole à une vitesse faramineuse, et sa côte de popularité est sévèrement entamée suite à ces crises à répétition. Un redressement rapide s’impose. Epargner son auditoire de sa « jactance coutumière », constituerait un bon début.

Michel Martelly a connu le succès de manière individuelle. Toutefois, il peine à transmettre ce même succès à la collectivité. La cohabitation douloureuse et contre nature avec un premier ministre imposé de toute pièce, n’augure rien de bon pour la population en général, les gens sous les tentes en particulier, qui attendent qu’enfin quelque chose change dans ce pays.

Franc, impulsif et effronté M. Martelly a des idées louables. Toutefois, le projet de gouvernance qui doit permettre aux idées du chef de l’Etat d’atterrir se fait attendre. Peut-être un peu trop. L’agenda des actions à venir du chef de l’Etat en vu de la réalisation de son plan de redressement de la nation, aiderait mieux la population à saisir ses intentions réelles.

Le temps passe, l’espoir du renouveau de la « nation » s’égrène. Endosser l’armure de la présidence, faire rayonner sa grandeur et s’imprégner du devoir de service qui caractérise cette fonction, ce ne sont pas seulement des mots. Il faut de l’action. Concrète. Il y a urgence ! Les promesses non tenues sont insultantes. Un peuple aigri est une menace pour la paix civile.




BÔ KAY NOU


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