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Mercredi 23 août 2017 04:18 (Paris)

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Des étudiants dans le collimateur des bandits

Entre les mois de mai et août 2011, le nombre de victimes du phénomène de l’insécurité a augmenté considérablement au Champ-de-Mars. « Chaque jour, une personne au moins est agressée par des bandits armés, » a en croire les riverains. Les étudiants de la Faculté d’Ethnologie (FE) ne sont pas épargnés. Trois d’entre eux ont été atteints par balle et plusieurs autres agressés et violentés. Les agents de la police nationale d’Haïti sont répartis dans tout le secteur. Cependant, les actes de banditisme continuent.

Par Joe Antoine Jean Bap

Depuis la mort de Serge Philibert, un étudiant de la Faculté d’Ethnologie, ses camarades universitaires avaient pris le problème de l’insécurité dans l’aire du Champs-de-Mars très au sérieux. Le cas de Rouzier Roosevelt Verdieu, étudiant de l’Université d’Etat d’Haïti, atteint d’une balle le 5 août dernier, dans l’aire du Champ-de-Mars, n’a fait qu’accentuer leur préoccupation. Des sinistrés rencontrés sur la place Pétion avouent être régulièrement victimes de bandits. Cet espace où étudiants et élèves se refugiaient pour réviser leurs notes, et se recréer devient le bastion de bandits armés.

Cette situation s’est envenimée ces derniers jours. C’est dans ce contexte que les étudiants de la FE ont tenté de faire des recommandations à l’Etat haïtien. Ils proposent notamment de constituer une équipe de spécialistes en sciences humaines en vue de poser les vrais problèmes de l’insécurité avec leur composante politique, de relocaliser les déplacés de Port-au-Prince, de manière équitable et sans oppression. « Jusqu’à présent, rien n’a été fait, » a affirmé un d’entre eux.

Aujourd’hui, porter ces requêtes au plus haut sommet constitue l’une des plus grandes préoccupations de ces jeunes. Cette semaine, ils ont investi les rues, dressé des barricades de pneus enflammés, lancé des jets de pierre sur tous véhicules appartenant au service public et à la mission des Nations-Unis. Pour une fois, plusieurs personnalités du pays estiment que ce qu’ils exigent est juste. « La manière de faire passer le message est toutefois brutale, estiment certains. Mais, c’est la seule façon de porter les autorités du pays à prendre les décisions nécessaires. D’ailleurs, on ne peut pas déplacer la faculté, » a déclaré Louis Gabriel Blot, professeur de l’UEH.

D’un autre coté, un responsable de la police national d’Haïti, sous couvert de l’anonymat, a affirmé que le lien entre l’insécurité et la délocalisation des sinistrés du drame du 12 janvier 2010 est politique. La PNH ne peut l’adresser facilement dans cette conjoncture. Par conséquent pour éviter les débordements, il a été ordonné aux hommes placés sous son autorité de ne pas faire résistance aux protestataires, mais de les circonscrire dans un petit périmètre. De fortes sommes auraient été investies en vue de maintenir la population dans de telles situations de manque et pour alimenter un climat de tension dans le pays.

Récemment, devant l’urgence des travaux de réparation du stade, le maire de la capitale a su trouver un compromis avec les résidents. Pourquoi ne peut-il pas renouveler cette expérience au Champ-de-Mars ?

D’après le maire, plusieurs opérations ont été menées dans les camps des déplacés de Port-au-Prince. Plusieurs bandits ont été arrêtés, certains relâchés après audition. Cette action des autorités policières visait à réduire le taux de l’insécurité dont la récente recrudescence inquiétait la population entière. Les étudiants sont les dernières victimes.

Pour eux, l’insécurité dans le pays est programmée. Ils n’ont de cesse de dénoncer le laxisme du président de la République qui, disent-ils, avait fait beaucoup de promesses électorales, 30 mille maisons en particulier. Projet qu’il ne pouvait faire atterrir à l’époque « faute de terrain ». Aujourd’hui, il a toutes les possibilités de trouver des terrains. « Trois mois après le début de sa présidence, la population vit encore dans des camps de sinistrés, » a expliqué Frantz Elie Legros, de la FE.

Rencontrés dans le cadre de leur cahier de revendications, certains universitaires se rappellent avec nostalgie des avantages que leur offraient ces espaces publics. Venus de plusieurs entités de l’UEH, ils se rencontraient, déclamaient, chantaient des morceaux tirés la culture haïtienne. « Cette pratique, on la perd puisque la place est transformée en camps de déplacés depuis le 12 janvier 2010. Quelle issue peut-on trouver face à cette situation ? Elle commence à avoir de graves conséquences sur la population haïtienne avec la montée de l’insécurité, » raconte Guilloux un étudiant de l’école normale supérieure.

Pour sa part, le rectorat de l’université d’Etat d’Haïti ne semble pouvoir adopter aucune mesure en vue d’accompagner les étudiants dans leurs démarches. Joint au téléphone, le vice recteur à la recherche, Fritz Deshomme, n’était pas disponible pour un entretien de quinze minutes sur ce sujet touchant à la vie des étudiants, à cause de son agenda chargé. « Il adopte une attitude de sagesse. Il ne peut rien dire sur ce problème si crucial, » estime le professeur Blot.

Le problème de la délocalisation des sinistrés du champ-de-mars et le problème de l’insécurité sont liés. Plus les jours passent, plus les victimes se comptent en grand nombre. Les étudiants, de leur coté, n’entendent pas faire marche arrière tant que leurs revendications ne sont pas satisfaites. Les autorités du pays semblent être lentes à prendre les décisions appropriées. « Face à cette attitude, à quoi peut-on s’attendre ? » s’interroge Legros.




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