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Mercredi 23 juillet 2014 20:04 (Paris)

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Traduire le langage codé du poète Saint John Kauss (1ère partie)

Par Marie Flore Domond

Le poème PISTES (pages 145-159) est nettement différent de PREUVES. Point de complaintes formelles à l’horizon. Le message est encadré d’un champ ésotérique. Et cette enveloppe mystique contient la formule d’une extraordinaire expérience humaine agissant au flan d’une résonance métaphysique :

« jusqu’aux points d’appui de l’athlète et à la limite des hoquets de vers du poète déchiffrant l’écriture d’un condamné à recopier les plus belles lettres du phonème

(…) l’amulette / les rites / le dieu de la fête congestionnée entre les grimoires
et le chiffre nu de l’or / son poids / son interdit dans les scellés de papiers peints

en guet / en guerre contre le chant de mon amour pour le projet de l’arbre divin dans la mêlée des serres
puits d’étoiles dans les versets / les très jeunes sigles des deux mains
mottons d’étincelles affranchies sous chaque forme de syllabes
 »

PISTES est une poésie ultra soignée, archi raffinée. Pas un mot ne traverse le tympan sans livrer une symphonie réinventée.

  Et ce fils fier était sans doute prêt à assumer le partenariat à part égal avec son père, au point de partager la création littéraire poétique à deux, jusqu’au bout de la renommée.

  « et je te reconnais --- aveugle des mots de passe apprivoisés dans la folie des feuilles et glyphes des dieux et des hommes en fièvres jusqu’au silence de la chair

  herbe folle au bond de l’orignal à plat ventre sur le mât des vergers vasque aux cailloux de l’aïeul dans l’infrangible espoir d’être deux pour la renommer »

  Mais hélas, le brave militaire s’est contenté de dicter la voie à sa postérité plutôt que d’emboîter le pas définitif lui-même. Et la silencieuse requête qui fait surface :

  « en guet / en guerre contre le chant de mon amour pour le projet de l’arbre divin dans la mêlée des serres
puits d’étoiles dans les versets / les très jeunes sigles des deux mains
mottons d’étincelles affranchies sous chaque forme de syllabes

  glaive et gloire de vertige aux sueurs de la larve handicapée dans la grotte du féminin contre son gré
anses à tâtons entre les deux épaules
nuque et reins de la femme du poète qui s’arque dans le maquis de son corps / piste des idoles

  (…)

et cette autre griffée de l’enfance en incarnats d’échos prolongés sur tous textes anonymes
plaie / plaisir de rebondir jusqu’aux brouillons des pièges d’oiseaux -----jusqu’au bout des échos de l’amande amère / de la fable et de la femme bipolaire dans l’aire et dans le vent
 »

 

PISTES

à mon père

« Poète troubleur, au cœur exultant :
C’est un chant plus fier que chacun attend !
… »
(Luc Grimard)

Le père du Dr John Nelson

Major Luc Nelson

Vers l’âge de 50 ans

par l’aine de tes yeux --- domaine de l’éclair
au cru d’une seule langue / alphabet qui redonne corps à l’innocence
jusqu’au faîte de la primale tendresse et sans bornes de l’hirondelle née d’elle-même

jusqu’aux points d’appui de l’athlète et à la limite des hoquets de vers du poète déchiffrant l’écriture d’un condamné à recopier les plus belles lettres du phonème

je m’acquitte de tous les fûts de la savane – dans le brut d’être de l’inconnu du chant que l’on se dicte d’une main
palmes de mots drus
vers le seuil du poème

et je te reconnais --- aveugle des mots de passe apprivoisés dans la folie des feuilles et glyphes des dieux et des hommes en fièvres
jusqu’au silence de la chair

herbe folle au bond de l’orignal à plat ventre sur le mât des vergers vasque aux cailloux de l’aïeul dans l’infrangible espoir d’être deux pour la renommer

plaies / plaisirs en fraude de l’abeille par embardées de fleurs dans les hardes du poète
houlements de forges allongées autour de l’archet
fêtes brutes des dieux dans un caillot de feu au plus près de l’exil

l’amulette / les rites / le dieu de la fête congestionnée entre les grimoires et le chiffre nu de l’or / son poids / son interdit dans les scellés de papiers peints

en guet / en guerre contre le chant de mon amour pour le projet de l’arbre divin dans la mêlée des serres
puits d’étoiles dans les versets / les très jeunes sigles des deux mains
mottons d’étincelles affranchies sous chaque forme de syllabes

glaive et gloire de vertige aux sueurs de la larve handicapée dans la grotte
du féminin contre son gré
anses à tâtons entre les deux épaules – nuque et reins de la femme du poète qui s’arque dans le maquis de son corps / piste des idoles

au plus large de la mer
né d’immortelles molécules
rut de la chair ancestrale sollicitée dans l’atoll des grandes eaux en esquif d’une belle cicatrice ---- je déraisonne

tambour des cinq pennes qui murmure le chant de l’Ancêtre
par touffes sures / ramées de mots
parle du cassis et gui dans la langue de l’octave
au profit du plus jeune matin d’octobre

dit des mains de ma première fille et dans l’angle de sa peau
par fils et filles du soldat déchiré entre l’ergot et le pavot
épelle le nom de la dernière née du poète par grappes de lettres lâchées jusqu’aux étoiles

et cette autre griffée de l’enfance en incarnats d’échos prolongés sur tous textes anonymes
plaie / plaisir de rebondir jusqu’aux brouillons des pièges d’oiseaux -----jusqu’au bout des échos de l’amande amère / de la fable et de la femme bipolaire dans l’aire et dans le vent

Montréal, 21 mai 2004

(Extrait de POÉSIES PORTATIVES, poésie, inédit)

(Paru, in Hautes Feuilles, Humanitas, 2007)

L’univers ambiant du poète

Est-ce pour affirmer une conviction ou pour justifier un gage d’affection envers son père ? En tout cas, l’authenticité des sentiments mitigés est dessinée à travers les strophes de la pièce poétique, PREUVES.

D’ailleurs, son nom l’indique. Il ne faut pas s’attendre à un témoignage trop voilé. L’auteur est en possession du sable mouvant. Il a accès au personnage. Cependant, l’assurance de reposer sa quiétude ne lui est pas accordée. Il suffit de repérer quelques vocables-clés pour s’en rendre compte : « caravane de poussière », « flèche des cathédrales », d’un poème à célébrer dans la « récitation » des pages d’un testament…

Relisons cette citation placée en épigraphe par l’auteur au début du poème :

  “Le poème sera notre seule aventure
Nous l’écrirons avec des encres de couleur
Et nous le porterons tel une déchirure
Ce poème que nous n’apprendrons pas par coeur
.”
(Charles Le Quintrec)

  Par rapport à Preuves, les poèmes Palmes et Innocence sont des arguments dont l’auteur veut démontrer la véracité de ses déclarations. Dans l’intervalle, entre 1976, 2002 et 2004, les esprits de variance sont pratiquement inanimés pour le poète. Il n’a fait que certifier la charge de ses révélations antérieures vis-à-vis de ses parents.

  Reportons-nous à ce qui a été analysé précédemment concernant les poèmes Palmes et Innocence : 

« d’enfants nés dans la charte des vertèbres
corps à corps incendiés dans le défilé des concubines interrogées à l’encre des épaves

de cet amour en avance qui pleure encore la nuit
qui a semé la panique des cœurs
du domaine et de tant de voix
que célébraient les essarts de soleil

de la grâce quémandée aux épousailles de l’amante et de l’aimé
voeux d’espérance de l’oiseau éhonté qui agonise malgré l’apport à l’échéance des flaques d’or --- de l’épi et des fragments de prose assermentés par l’oracle »

une race d’hommes dans les sagas de la ville
ville d’offres et de négoces à n’en plus finir
qui aurait inventé la fille joyeuse de Colomb
prince des mages originels
mais soumis au crime du silence
 »
(PALMES)

 

 Ce qui explique, que le poète est toujours hanté par le refus d’approbation qu’a connu l’union de ses parents.

 Il décrit son père comme un homme d’influence et d’autorité ayant emprise sur toutes les décisions. Et l’atmosphère ainsi vécu n’a eu pour conséquence que de briser les liens et l’éloigner affectivement de son père.

  « poète après Vilaire qui forma voeu d’assumer la préséance brutale des thèmes
et des lieux
de mes amours qui ont marché vers l’exil
dans le mutisme des confidences et des désolations
que l’éphémère nivela à sa mesure
 »
(PREUVES)

  S’il a subi l’oppression parentale au masculin, il peut tout aussi bien en témoigner de l’efficacité calquée dans la fonction militaire de son père.

  « père / poète / promu à la marche des hommes
Commandant qui fit galoper les étoiles hostiles
mousse farouche aux noces des filles de joie
soif première qui dit l’audace des grands vents
si l’on se dit les malheurs du nouveau-né
je te donne alors les yeux d’une orgue bien vivante
pour rebâtir le domaine de la lumière et de mon enfance
 »
(PREUVES)

 

PREUVES

à mon père

Le poème sera notre seule aventure
Nous l’écrirons avec des encres de couleur
Et nous le porterons tel une déchirure
Ce poème que nous n’apprendrons pas par coeur
.”
(Charles Le Quintrec)

l’oeil / l’acquit des caravanes de poussière
donne d’une même chevauchée aux flèches des cathédrales

père / promu / poème à célébrer dans la récitation des pages d’un testament

poème après poème ou les phonèmes sont habitables aux chemins de la source
d’un seul regard codé dans la halte des lettrines

d’enfants nés dans la charte des vertèbres
corps à corps incendiés dans le défilé des concubines interrogées à l’encre des épaves

de la grâce quémandée aux épousailles de l’amante et de l’aimé
voeux d’espérance de l’oiseau éhonté qui agonise malgré l’apport à l’échéance des flaques d’or --- de l’épi et des fragments de prose assermentés par l’oracle

père / poème / promu à l’injonction des syllables
poète après Vilaire dans la révélation de l’aumônier brocanteur
l’apologue qui tisse les mots du paysage tentateur ou pénitent des femmes à l’apogée du langage et du bavardage des corps

poète après Vilaire qui forma voeu d’assumer la préséance brutale des thèmes
et des lieux
de mes amours qui ont marché vers l’exil
dans le mutisme des confidences et des désolations
que l’éphémère nivela à sa mesure

poète après Brierre ---- le grand barde des îles et des coeurs
qui fit voeu de s’approcher des grandes découvertes de la source et de la nuit en partageant les temps obscurs des matins dans le sang de l’homme à peau d’ébène

père / poète / promu à la marche des hommes
Commandant qui fit galoper les étoiles hostiles
mousse farouche aux noces des filles de joie
soif première qui dit l’audace des grands vents
si l’on se dit les malheurs du nouveau-né
je te donne alors les yeux d’une orgue bien vivante
pour rebâtir le domaine de la lumière et de mon enfance

Montréal, 25 octobre 2004

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