Mise à jour le 5 septembre
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Jeudi 21 septembre 2017 19:48 (Paris)

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Qu’avons nous fait depuis 1804 ?

Notre existence s’écoule comme la rivière de la Grand’Anse dans la baie de Jérémie, laissant sur ses berges et à son embouchure, les mesquineries de la vie courante. Nos amis d’antan ont disparu dans le décor en emportant avec eux tout un pan de vie collective.
Tout passe ! Tout change !

par Thelemaque Pierre (Juin 2006)

Que sont devenus les oppresseurs du temps passé ? Où sont donc les hommes tristement célèbres de notre histoire ? A quoi bon terroriser ses compatriotes pour un pouvoir éphémère ? A quoi sert la violence ? A qui profite le kidnapping ?

Que sont devenus les oppresseurs du temps passé ? Où sont donc les hommes tristement célèbres de notre histoire ? A quoi bon terroriser ses compatriotes pour un pouvoir éphémère ? A quoi sert la violence ? A qui profite le kidnapping ?

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas toujours. Les amis que l’on croyait les plus fidèles ne se font plus entendre. Rien n’est fixe ni immuable ici-bas. Tout change ! Tout se transforme en vents et en poussière puis en poussière dans le vent (Paroles d’Ecclésiaste). Nos souvenirs les plus doux s’effacent pour laisser la place à la désillusion.... Devant la barque nationale en péril nous devons nous regarder dans un miroir et nous poser la question suivante : qu’avons-nous réalisé depuis 1804 ?

Depuis 1804 jusqu’à nos jours les acteurs se sont succédés sur la scène politique sans améliorer d’un iota la situation économique et sociale de nos compatriotes. Si le décor politique varie un peu le rituel reste le même. Où est donc le changement ? Nous avons perdu notre propre identité (celle d’un pays francophone riche en culture, riche en savoir-faire, un pays viveur, un pays bambocheur, un pays où ses enfants étaient fiers d’être nés).

Le drapeau haïtien, tout au long de notre histoire, comme une feuille de tournesol, a changé du bleu et rouge au noir et rouge et vice versa selon les teintes idéologiques de l’équipe politique en place. Mais la misère du peuple n’a jamais changé de couleur. Les bidonvilles se multiplient et s’élargissent. Où est donc le changement ? La Constitution haïtienne a été complètement réécrite ou amendée à plusieurs reprises, au cours de notre histoire. Tous les changements apportés ne servent que les intérêts mesquins d’un groupe. Où est donc le changement ?

Par notre entêtement à nous accaparer le pouvoir à tout prix, nous nous sommes attirés les moqueries des observateurs étrangers. En Haïti, quantitativement il y a plus de bouches à nourrir que de tonnes de nourriture disponibles. Un peuple affamé est une mèche allumée...

Aujourd’hui, après le départ d’Aristide et l’arrivée de Monsieur Préval au pouvoir, nous sommes arrivés à l’heure du bilan. Après deux cents ans d’indépendance et de misère nous devons faire notre mea culpa, notre mea maxima culpa. Ce n’est pas nécessaire de rejeter les fautes seulement sur les colons blancs, les colons noirs sont encore plus coupables. Que l’on ne fredonne plus cette rengaine ridicule : ceux sont les Américains qui empêchent Haïti de se développer, tandis que la République Dominicaine nous apporte le plus vif démenti.

Dépouillons-nous de ce sentiment ridicule qui porte chaque Haïtien, instruit, analphabète et bête à penser qu’il est l’élu du destin. Nous avons passé deux cents ans à couler la politique haïtienne dans ce moule. Nous avons assassiné, exilé, avili, humilié, appauvri les échantillons d’hommes les plus brillants de notre histoire. Nous n’avons rien réalisé de beau, de grand pour notre peuple sinon l’épopée de 1804.

Je pense qu’il faut qu’on se rende à l’évidence : nous sommes incapables de mener ce pays a un avenir meilleur.

Un haïtien qui aime son pays

Pour conclure, j’aimerai partager avec vous ce poème extrait du recueil "Perle Noire" (Humanitas, Montréal 2006) de Marie Flore Domond :

Les flots de larmes versées sur ma terre natale

J’ai vu le jour sur l’étendue de ta plus belle saison
à l’époque où ta fraîcheur rehaussait encore
la splendeur des champs des rives et collines
vêtue d’une parure enjouée,
Tu charmais du soir au matin
tous ceux qui courtisaient ton paysage
Le firmament presque toujours bleu limpide
observait jalousement ton allure
jusqu’au coucher flamboyant du soleil

Souvent
la lune et les étoiles scintillantes se bousculaient
pour éclairer tes multiples sillages
Tes brises saisonnières ont guidé mes pas
dans les jardins embaumés de tes fleurs capricieuses
Tu m’as vue courir à travers tes sentiers paisibles
Tu m’as entendue répandre des cris qui t’ont fait frémir
Tu m’as vue grandir aussi
par lassitude
je t’ai tourné le dos
pour poursuivre d’autres buts à la recherche du mieux être

Là-bas
Je t’ai niée, ignorée méprisée !
Combien de fois me suis-je donc révoltée pour critiquer
ta petitesse, ton insignifiance offensante, ta passivité
tes grands espoirs sans lendemain...

O ! Chère Haïti : Perle de toutes les Antilles
malgré tous ces blasphèmes
j’ose encore revenir
abuser de ton hospitalité
et tu m’ouvres une fois de plus tes naïfs bras sans méfiances
comme si tu attendais depuis longtemps
que je revienne pour poser un regard songeur
sur ta frêle silhouette décadente
par ton accueil toujours chaleureux et insouciant
Je frisonne de tristesse
Je suffoque de remords
Et des flots de larmes parcourent mon visage
Jusqu’au seuil de ton sol aride

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BÔ KAY NOU


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