Mise à jour le 21 novembre
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Jeudi 14 décembre 2017 05:13 (Paris)

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Poème de Saint-John Kauss

NÉANCE

à Christophe Charles

« Un coup de ton doigt sur le tambour décharge
tous les sons et commence la nouvelle harmonie
. » (Arthur Rimbaud)

Il ne restera rien aux arènes de la mémoire
si la liberté dans cette aire de signes et de murmures
est abolie et se tient immobile au fronton des rêves brisés

même si le passé des fois ignoble et travesti
aura fermé ses portes sur la page au tain vierge
il y aura toujours un poète fou pour entrer dans l’intimité des mots
pour regarder au-delà des marges et recopier ses poèmes

ce poète fou
né soit-il pour inonder la solitude
de mots salés et compliqués
à la faveur de quelques soleils

bienfaits dans la tourmente des nuages qui ne savent ni lire
ni écrire les ruines après l’accouplement des saisons de lune
et une poignée de sel et de suie pour la nouvelle année fertile
offerte aux orchidées

bienfaits dans le vacarme des mots épuisés de la marge interdite
à l’allocation des phrases et périphrases à moitié étonnées
il ne te restera rien
Poète
si la liberté et l’amitié sont abolies
aux frais de brèves rencontres et de solides équivalences

qui d’autres au fil de la plume et de l’encrier
aura accumulé au silo des décombres
la mandragore la chrysalide et ce poète prédateur
d’herbes folles et de palmes sauvages

va plutôt vers ELLE la poésie qui est l’amie des journées sans promesses
ta poésie qui doit grandir dans les faubourgs aux larges ruelles
va vers les calendriers aux larges bras
sur toutes les tablettes et dans les boîtes d’allumettes
et recueille ton bonheur

quel métier que celui de poète
lacunaire à chaque atrocité du bourreau et du tyran
mais qui aime les fleurs et les cigales apprivoisées

jadis l’écriture était une femme qui nous faisait l’amour
à n’en plus finir
qui nous faisait jouir tel un panier renversé

quel dur métier que celui de l’écrivain
pardonné par le marchand de fleurs qui n’a jamais aimé les mots
mais abîmé par le halo et la convoitise des os
à l’annulaire des fous et des ivrognes doux

le poète ou l`écrivain qui monte à l’assaut des mots vierges
de l’osier
après avoir gagné la paix et distillé le jour qui s’ennuie des doigts
l’exil nous guette

totems aimés en lettres capitales dans la sincérité du pygmée
bienheureux
totems perdus dans l’eau qui coule dans le lit des rivières
grands masques surgis des hautes terres et du boucan ancestral
griots consommés à la lisière des contes dans la nuit

deux coups de nos doigts sur la page blanche et l’encrier
et j’imagine l’imposition de l’amande aux anémones
et son mot à dire

mais va plutôt vers ELLE qui est l’amie de toutes promesses
ta poésie ma poésie qui doivent grandir au halo du bonheur
va vers les grandes pyramides qui nous regardent démesurées
après tant d’heures et tant de mots perdus
nous n’avons plus qu’à regarder le soleil et ces pierres humides

tant de visages désordonnés dis-je à effacer et à polir
tant d’enfants nus dans les rues de Port-au-Prince
tant de bouges à ramasser et à pleurer
après tant d’heures et tant de jours perdus dans les révolutions
tant de morts à saluer et à ensevelir
après tant et tant de nuits agitées par les eaux de la parole libérée

était-ce l’ombre de la lumière dans nos pages bien nourries …

Montréal, 03 décembre 2004

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