Mise à jour le 12 octobre
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Jeudi 19 octobre 2017 02:12 (Paris)

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L’approche fraternisante christiano-vodou du théologien Jean Fils-Aimé est-elle incongrue ou édifiante ? (2ième partie)

Q. Beaucoup de spéculations circulent sur le fait que vous appliquez probablement la science occulte pour avoir arrêté votre choix sur le vodou. Je vous le demande ouvertement, Pasteur Fils-Aimé, êtes-vous impliqué dans une activité de confrérie, de science occulte quelconque ?

R. Non, je ne fais pas partie d’aucune association ni d’aucune organisation en ce sens. – Ne serait-ce que par curiosité intellectuelle ! Je lis énormément sur toutes sortes de choses. Je déteste particulièrement les sciences occultes parce qu’elles sont occultes. Je suis contre ce qui est occulte. - Et pourtant le vodou a une portée occulte ! – Comme toutes les autres religions. Mois je suis Pasteur, tout comme un prêtre sait que il y a certaines doctrines qui demeurent mystérieuses c’est-à-dire nébuleuses pour le grand peuple mais qu’il ne partage pas nécessairement avec tout le monde. En théologie on dit, on ne fait pas l’exégèse à Sorbonne comme on en fait à l’église. Je suis hostile à tout ce qui est occulte en pensant que le savoir devrait être accessible à tout le monde, même si tout le monde ne se donne pas la peine d’y accéder. Heureusement que ce ne sont que des spéculations. Si je passais ma vie à répondre aux spéculations, je ne vivrais plus. Alfred de Musset eut à dire que « la critique n’a jamais fait vivre celui qui doit mourir ni faire mourir celui qui doit vivre. »

J’en conviens, mais la critique peut faire mal… La critique ne m’a jamais fait mal personnellement. Mais la critique peut faire mal parce qu’elle peut ne pas être fidèle à vérité. On s’entend pour dire que ce sont les gens qui racontent n’importe quoi. Et là encore, on fait du mal à la vérité. J’évite de prendre une critique de manière personnelle. Flore, tu avais assisté à un débat que j’avais présenté aux côtés d’un collègue. Beaucoup de gens avait réagi vivement contre ma position. J’en ai ri tout le long. Rien n’est perdu pour autant. Mes déclarations vont germer, ça va les travailler. Et un jour ils vont se rendre compte que j’ai raison. Au contraire, les opinions des autres m’amusent. – Ne seriez-vous pas trop sûr de vous ? – En ce qui concerne mon livre, je suis très sûr de moi. Cela a d’abord été une thèse de doctorat applaudie à l’unanimité par le jury. Ce dernier a recommandé la publication. Le lendemain une maison d’Éditions m’avait approché pour publier le livre. Il y a sept ans de cela que j’ai soutenu. Sept ans plus tard, je décide de réécrire. Il faut croire que les membres du jury n’avaient pas tort.

Q. A quelle réaction vous attendiez-vous suite à la publication de l’ouvrage : VODOU, JE ME SOUVENS puisqu’avant votre démission, vous étiez un dirigeant de l’église qui prodiguait à ses fidèles vraisemblablement des principes évangéliques déjà basés sur des fondements de préjugés sur le vodou ?

R. J’ai toujours nuancé mes discours à ce sujet. J’ai toujours dit que le vodou tout comme les autres religions du monde d’ailleurs recèlent du mal. Le christianisme et ses psaumes imprécatoires, le judaïsme, la cabalistique, l’islam recèle sa part de mystique, le soufisme. Ce n’est pas une raison pour dire qu’on en veut plus du christianisme. Les catholiques font des messes noires. On doit discerner toute chose pour en retirer ce qui est bon. Le vodou recèle du mal. Mon intégrité intellectuelle me force à le reconnaître. La zombification, c’est le mal absolu. Mais on peut purifier le vodou de ce mal et garder ces bons côtés. C’est ce que je recommande. Tout comme il faut purifier la bible des psaumes imprécatoires. – La bible n’est-elle pas un ouvrage irréprochable ? – Non ! La bible n’est pas un livre irréprochable, c’est absurde. Au contraire, la bible est un livre très dangereux. Il faut le lire avec un grain de sel. Les évangiles eux-mêmes recèlent des parts de dangerosité. Quand le Christ dit : « Désormais vous aurez besoin d’épées. » Or, j’ai entendu un politicien utilisé ce verset pour inciter les jeunes à la violence. C’est un livre dangereux, je le répète. D’où l’importance pour les gens comme moi qui ont fait des études, d’éduquer le peuple de manière à savoir comment bien utiliser la bible. Car c’est un livre qui a été très mal utilisé dans l’histoire et en particulier les protestants. Ils ne la comprennent pas la bible, c’est dommage.

Mon attente est que je voudrais que le livre crée un débat. Et je suis satisfait dans la mesure que le livre suscite déjà un débat que ce soient sur les sites politiques et évangélique, tout le monde en parle. J’ai reçu une invitation pour en faire un film. Il y aura des lancements dans plusieurs autres villes. C’est ma plus grande récompense. Reno Bray m’informe qu’il est en rupture de stock. Média Paul est en rupture de stock à deux reprises. C’est la preuve que le débat est là. Plus de deux mille personnes se sont déplacées lors du premier lancement. Pour répéter Dany Laferrière, c’est la première fois que les gens se battent pour acheter un livre. Dany a un plus grand nom que moi, c’est le sujet. Tout porte à croire que les gens pensent qu’on a pas tout dit sur le sujet ou bien ce qu’on a dit sur le sujet n’était pas satisfaisant. Toi-même tu as lu livre. Le travail est fait, je donne des références. Bien entendu, on peut ne pas être d’accord. J’ai un autre qui doit sortir bientôt. – Il portera sur le même sujet ? Absolument. Je garde le titre pour moi. L’année prochaine tout au plus, il devrait paraître.

Q. Pensez-vous que tous les intellectuels sont aptes à guider la masse sur le droit chemin ?

R. Non, Parce qu’on est en 21ième siècle, un siècle de plus en plus spécialisé. Même en médecine, quelqu’un qui se décrit comme médecin généraliste inciterait une certaine crainte. On s’attend à ce qu’il décline sa spécialité. On n’est jamais intellectuel point. Un intellectuel a toujours une spécialisation ! Et ce n’est pas parce qu’on est intellectuel qu’on peut nécessairement comprendre la bible. Il faut une formation particulière. Il faut être sérieux dans cette formation, ce qui laisse à désirer.

Q. Dans le domaine théologique, l’endoctrinement des préceptes ne se défait pas comme un nœud, il agit comme un lavage de cerveau. Dans combien de temps pensez-vous que les opposants cesseront de croire que votre approche est une mauvaise semence ?

R. Généralement, cela prend dix ans à une thèse de doctorat pour faire littéralement avancer la science. Figure-toi, dix ans ! Ici, il s’agit de la foi des gens. Une foi qui leur a été imposée pendant 500 ans. Ce n’est pas la lecture d’un livre qui va changer ça d’un coup. Mais je suis sûr, toi-même tu me donneras raison que la lecture de ce livre là ne laissera personne indifférente. On va lire, probablement sourcillé, se mettre en colère contre moi pour ensuite revenir, retenir certains points et en rejeter d’autres. Les gens parlent de mauvaise semence dans le sens que je les invite à reconsidérer le vodou. Une semence mauvaise pour eux peut-être mais c’est une semence, ma foi profonde. Une fois lu même si on le déchire, le livre s’implante.

Q. Si l’écho de l’ouvrage ne franchit pas exceptionnellement le passage de la communauté haïtienne pour s’étendre sur d’ autres réseaux : national et international, il sera victime d’une conspiration du silence. Auriez-vous quand même le sentiment du devoir accompli ?

R. Plusieurs pasteurs ont essayé de boycotter le livre. Du haut de leur chaire, ils ont prêché et ont demandé à des fidèles de ne pas se rendre au lancement. Certains sont venus et ont divulgué le nom de leur pasteur en me disant qu’ils sont venus quand même. Leur plan a échoué. C’est comme à la sortie du livre Davinci Code, le pape Benoît XVI avait mis les catholiques du monde en garde contre le livre. Et ils l’ont quand même acheté. La conspiration contre un livre peut aider à son grand succès. Le livre se vend très bien. J’ai déjà rencontré l’éditeur, et on pense à une réédition probablement pour l’automne. – Y aura-t-il d’autres ajustements ? – Non, je vais par contre regarder de plus près des coquilles. A ce propos, j’ai constaté beaucoup de variations dans l’orthographe du mot « vodou ». – C’est parce que il y a environ treize graphies du mot vodou. Moi, j’ai choisi « vo » mais on pourrait écrire « vau », « voo ». J’ai bien expliqué tout cela au début du livre.

Q. Vous venez de me dire qu’à 22 ans vous étiez déjà Pasteur. Avez-vous débuté vos études pastorales en Haïti ou au Canada, au Québec ?

R. Je suis arrivé au Canada, j’avais 19 ans. Donc mes études théologiques sérieuses ont été faites au Canada. – Si vous les aviez réalisées en Haïti, pensez-vous que vous auriez abouti à cette conclusion ? – Peut-être que oui, peut-être que non. Tu sais qu’avec si on peut mettre Paris en bouteille. Mon histoire à moi est suffisamment compliquée pour ne pas avoir à me préoccuper de ce qui aurait pu être !

Q. Si vous aviez une seconde possibilité de repenser à ce même projet, procèderiez-vous de la même manière ?

R. Bien sûr. Je me veux pas passer du temps à regretter ce que j’ai fait. Tout ce que j’ai fait s’explique par une compréhension du moment. Dans le paramètre du temps, j’ai fait ce qu’il avait à faire. C’est aux journalistes comme toi de juger ce que je fais. Je ne juge pas ce que je fais. Je vais vers l’avant. C’est l’avenir qui m’intéresse, pas le passé.

Q. Vous semblez être confortable dans la situation de marginalité. Est-ce que l’étape de l’exclusion vis-à-vis de vos pairs ne perturberait pas ce confort ?

R. Je suis plutôt confortable dans le non conformisme. Et comme le non conformisme marginalise. Donc tu as raison. Il y a des personnalités comme ça. Moi, je ne peux pas me conformer à l’opinion générale. Parce que généralement, on a tort. Effectivement je suis confortable dans la marginalité. Cependant, je n’accepte pas qu’on me marginalise. L’exclusion pour sa part me réconforte. Car mes prises de positions me conduisent, la plupart du temps, à l’ostracisme. Et le fait par moi d’être ostracisé veut dire que je suis exclu de certains cercles. C’est normal. On ne peut pas être présent dans tous les cercles. Ce qu’il y a d’intéressant, c’est que quand j’émets une opinion, ils sont tous ébranlés. Je ne comprends pas pourquoi (rire). À ce propos, je constate une ambivalence. Certes, je suis marginalisé en raison de mes prises de positions. Et pourtant quand je parle tous les cercles entendent et prennent positions par rapport à ma prise de position. Je dois dire que c’est un privilège que d’être entendu quand je parle. Ne serait-ce que pour être critiqué. En tout cas, je ne laisse personne indifférent.

Q. Pour justifier votre position, personne ne devrait s’inquiéter à votre sujet. Néanmoins, comment gérez-vous la pression de la différence, Dr Fils-Aimé ?

R. La différence m’enrichit. Je ne me sens vraiment pas confortable quand tout le monde est d’accord. Je pense qu’on devient pauvre. Eh bien, la différence des cultures m’enrichit, la différence des sexes m’enrichit, la différence des opinions m’enrichit, la différence des peuples également. Je suis un homme de débat. - Si la différence des sexes vous enrichit cela voudrait-il dire que vous êtes en faveur de l’homosexualité ? – Je respecte l’homosexualité entant que décision personnelle. Qui suis-je pour juger un homosexuel. C’est vrai qu’il y a des versets de la bible qui leur condamnent. Mais il faut remettre ça dans leur contexte du temps. L’apôtre Paul entant que Juif n’aurait pas pu penser autrement. Mais est-ce que quelqu’un est condamné par Dieu sur le simple fait qu’il soit homosexuel ? Ce n’est pas vrai. C’est de la foutaise.

J’ai été littéralement édifié une fois en assistant à des cérémonies funèbres présidées par des prêtres bouddhistes. J’ai rarement assisté à quelque chose d’aussi spirituelle. Cela a été pour moi un chemin d’Amasse. J’ai compris qu’il faut éviter de juger les religions de l’extérieur, mais qu’il faut les comprendre de l’intérieur.

Toute bonne chose à une fin. Je vous remercie Pasteur Fils-Aimé.

Eh bien Flore, cela a été un plaisir.




BÔ KAY NOU


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