Mise à jour le 21 novembre
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Poème de Saint-John Kauss

PALMES

à ma mère

« Il y avait cette femme aux yeux couleur d’étang.
Il y avait cette femme, belle comme la lune à sa marée
. »
(Jean-Richard Laforest)

De cet amour en cavale et qui fit de toi
une femme porteuse d’espoirs ou porteuse de chairs qui
rendit fou mon père --------- homme d’élocution et de grandes possibilités

de ce mémo partagé qui fit de toi et de ton corps un
empire / ce navire couronné d’eau douce et de soleils des hautes tiges frontalières
royaume et mère de poètes

c’était cette ville de rebelles qui disparaît dans mes
nuits de veille
gardes à tout honneur
et tout hommage à ses buveurs de grands chemins
c’était cette cité de mille archives où se promènent
encore mes morts
sous terre à quatre temps
sous la supervision de mes ancêtres attachés à l’audience

c’était cette route de sable et de tâches d’eau
qui conduit aux chemins des arbres et de la plantation
de mon grand-père
chef de file et des âmes sur ses terres
puis tout amour et tout hommage à la marée de femmes
qui se taisaient au passage et au salut de l’ombre d’un roi

mais il y avait cette femme perdue dans l’océan des terres il y avait grand-mère
belle comme l’orchidée à sa première saison
il y avait pourtant une femme plus célébrée sous les gibets

cette femme coiffée à l’huile de ricin qui ramassait les goémons
et se réjouissait des vieilles pages d’un ancêtre papyromane
cette femme d’odeur d’eau fraîche et de rocou
qui humait le tabac et recherchait toujours des mots
afin de bâtir sans le savoir la maison d’un poète

cette femme métissée aux longues tresses d’indienne
ou de conquérante à peine débarquée de Tolède
cette femme qui aimait l’eau douce et l’eau bénite
mais qui n’aimait pas la mer et les grands chevaux noirs des infidèles

c’était la seule femme aimée de mon grand-père
qui rêvait haut de son fauteuil
homme d’acier mais de cœur
qui parlait seul dans la nuit
et dans le van

de cet amour en avance qui pleure encore la nuit
qui a semé la panique des cœurs
du domaine et de tant de voix
que célébraient les essarts de soleil

de ma naissance destinée à l’amitié des mots
pour bâtir la maison du poète des cités
c’était avant que les femmes parlent à l’océan
à la rivière
des cathédrales et des massacres d’hommes
du village

ô Ouanaminthe
cité à redessiner dans mon acte de baptême
en double dissidence
terre mêlée de l’homme hybride
terre de mes morts infatigables dans leur secret de tombeau

tes eaux et tes soleils savent que j’y suis né
un mois de feu sous les morilles
en loques d’amour de deux géniteurs
qui n’avaient pas peur des rumeurs du pays
jusqu’aux confins des éteules

une race d’hommes dans les sagas de la ville
ville d’offres et de négoces à n’en plus finir
qui aurait inventé la fille joyeuse de Colomb
prince des mages originels
mais soumis au crime du silence

c’était cette terre de mes ancêtres
qui relie l’espoir
des conquérants à la bonhomie de l’Indigène
de mon grand-père métissé
éternel guide des corps et âmes sur ses terres
tout honneur et tout hommage aux femmes / enfants et filles de sa lignée
qui couronnaient son passage comme un oiseau dressé dans la Cité

c’était dans l’abondance et aux miracles des fleurs
de cet amour
si l’on se donne le temps des écritures
une femme porteuse d’espoirs
que rendit folle mon père
homme d’élocution et poète après Vilaire

Repentigny, 22 mai 2002




BÔ KAY NOU


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