Mise à jour le 12 octobre
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Lundi 23 octobre 2017 00:36 (Paris)

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Poème de Saint-John Kauss

GRIMOIRES DES INFIDÈLES

à Valentino

« La mort est une vieille affaire d’éloquence
Répandons nos cheveux jusque dans la légende
Et donnons à nos dieux la beauté du mépris
. »

(Charles Le Quintrec)

« Les privilèges de la beauté sont immenses.
Elle agit même sur ceux qui ne la constatent pas
. »

(Jean Cocteau)

Soleil Couchant de Préfète Duffaut

comment donc ne pas s’imaginer le balancement des voiliers et les jurons des marins
comment donc ne pas se souvenir de l’ironique sentinelle qui nous gardait à vue
des battements d’ailes d’oiseaux que nommait la génisse de la grande allée en fleurs comme l’outrage fait à la dévote

au jeu anonyme de la pluie
il y eut les plaintes des danseurs de carnaval
il y eut la prolongation des épopées dans la légende
il y eut nos dieux et la beauté des halos consacrés

poète fossiliaire qui comme Rimbaud a fui les mots
petit émeu de l’écriture discrète aux gonds d’argile
qui aima Magloire Saint-Aude
Roland Giguère Michel Beaulieu et René Char
Saint-John Perse dans toute sa sévérité
d’explorateur contrarié
et ce poète légendaire Ô Legagneur d’une égale fraternité

il y eut aussi les mots formels de la mer intoxiquée
notre père entré dans la légende des soldats
le fou dans la nuit qui récitait Homère
l’instant d’un poème dans la dérogation en mots
des vivants

tous nos amis sont morts / balayés par le temps
ô Temps des fiançailles sans baisers
ô Temps des amantes sans mémoires renouvelées

la mort est une vieille pensée de l’au-delà sans mondes
comme la vie est une vieille coutume des vivants
sans pardons

on rêvait de conquêtes et de jarres retrouvés
de poèmes fabriqués à la main
de filles de vieux poètes maîtrisant les solitudes
de hautes montagnes et de larges rivières qui chantent
les derniers chevreaux du condamné
de pleines pages d’écriture dans une langue étrangère

on rêvait mais sans trop élever la voix
dans la nuit des infidèles
de grimoires
de grands auteurs
de poèmes songés au seuil de la nudité de l’homme
on rêvait de grands poètes
comme Pedro Mir Césaire ou Evtouchenko
on lisait souvent Thomas Stearns Eliot et Cummings
Dylan Thomas / Rimbaud / Verlaine ou Baudelaire
et ce poète à Cuba d’une fraternelle égalité

de tous ces livres ramenés à la maison par mon père
ce poète d’une écriture épistolaire de bon cru
celui qui m’a fait tant aimer les livres
les mots des autres autant que la félicité d’un fin poème

Durand / Grimard / Laleau / Brierre furent de ses favoris renommés jusqu’au limon de la Terre
poètes et témoins féroces de l’inhumaine condition
des hommes et des femmes enchantées
poètes des émerveillements et magnifiques poèmes
coulés à l’eau de rose aux signes de la tendresse

j’écoute aujourd’hui le chant des dieux qui me parlent
dans la nuit des songes et de la volupté des femmes
que j’ai connues trop tard dans un chaos désespéré
de ma mère abandonnée mais soulagée par l’exil

anneau blessé qui n’a pas pu se redresser
dans la gloire et l’innocence du minéral
voici et voilà sa peine fabuleuse
insoutenable jusqu’à l’odeur caillée des lunes

mais nous
on rêvait de partages dans un lot de poèmes
de paroles refusées à chaque battement de nos tempes
de fillettes jumelées à la lisière de nos songes
nous lisions de grands poètes sans avertir l’homme
notre père qui nous guettait dans la joie anonyme

vœux de partage et de bonheur
jeune frère
à chaque bûche de désirs
à chaque livre ouvert sur la malédiction
du Grand Inca
notre père compté dans la légende des soldats
à chaque minute de haute naissance
de nos frères baptisés dans la croyance des poèmes
carrefours des mots et des rêves vides
mais redoutables à chaque rumeur d’abus ignorés

vœux d’écriture florissante
pour chacun des hommes de la Terre
étendu dans la solitude des maux
de tous les jours

Centre de Communication des Haïtiens à Montréal, Ville Saint-Michel, été 2004




BÔ KAY NOU


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