Mise à jour le 21 novembre
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Vendredi 24 novembre 2017 23:10 (Paris)

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Gladys Démosthène -1

Femme de communication mixte superpose le théâtre et le cinéma

Éducatrice d’Art dramatique, comédienne, metteure en scène, animatrice de la radio et de spectacles

par Marie Flore Domond

Lauréate du Conservatoire d’Haïti en 1973, Gladys Démosthène ne fait pas uniquement de son métier de comédienne un privilège de divertissement et de réflexion. Elle a atteint son objectif en fondant un Conservatoire d’Art dramatique afin de desservir la communauté haïtienne à Montréal. A la tète de la troupe Shalum depuis plus de trente ans, cette grande dame est parvenue à dompter sa plume en chevauchant sur la monture de la rivalité linguistique français-créole propre à la culture de son peuple.

Nous comptons rendre hommage à madame Démosthène par le biais d’un dossier, au cours duquel elle pourrait témoigner de ses nombreuses réalisations. Peut-être que cette femme de communication mixte finira par nous dévoiler le secret de l’étanchéité et de sa résistance d’une génération à l’autre. Pour l’instant, explorons sa toute dernière initiative, son premier saut au cinéma.

Gladys Démosthène : interprète dans « Le goût de vivre » ou « Mwen anvi viv »

En résumé :

Carole est orpheline de mère dès sa prime enfance. Elle est élevée par son père et la sœur de sa mère qui, tous les deux ont sciemment décidé de consacrer leur temps à leur héritière de sang. À la fin de l’adolescence de sa fille, Jules envisage de refaire sa vie. La belle-sœur récalcitrante s’y oppose. C’est par procuration que ce dernier trame une alliance sentimentale pour Mathilde afin d’avoir le champ libre de refaire sa vie avec Paulette. « L’homme propose, Dieu dispose ». Jules devra subir les conséquences de ses actes, lorsque soudain, le contrôle de son plan initial lui échappe sur le vent des imprévus.

Q. Madame Démosthène, vous êtes la réalisatrice du film bilingue : Le goût de vivre dont l’équivalent en créole est « Mwen anvi viv », en superposant les deux genres, ne tentez-vous pas rendre le théâtre haïtien plus portatif, plus accessible ?

R. Je ne crois pas. Car je préfère de loin le théâtre où tout est capté sur le vif. Ça passe ou ça casse ! Selon moi, le théâtre se vit, alors qu’au cinéma, l’on peut construire une scène, la refaire et défaire. Définitivement, le théâtre me procure une chaleur plus confortable.

Q. Pour avoir pensé à transformer une pièce de théâtre en scénario de cinéma, croyez-vous que le cinéma est devenu un système de communication plus efficace que le théâtre ?

R. Le cinéma est très à la mode. J’ai voulu tenter l’expérience sur le coup de l’influence. Presque tous ceux qui font du théâtre dans la communauté ont touché également au cinéma. Je peux citer, Fayolle Jean, Victor Éternel, Gervais Germain. Et pour souligner les 30 ans de la troupe Shalum qui assure une diversité au niveau de ses activités, j’ai pensé à adapter un scénario au cinéma. Cependant, l’expérience n’a pas été des plus faciles. Je ne possède nullement la faculté technique concernant le genre cinématographique. Comme je n’aime pas dépendre des autres, il me fallait quelque chose à juste mesure, compte tenu surtout du moyen financier que je considère comme un très petit budget.

Q. Faites-vous partie de la distribution du film ?

R. Certainement. L’histoire est composée de sept personnages : René Pluviose incarne Jules, le père de Carole, Françanne Laurore. Je joue le rôle de Mathilde, la tante de Carole. Raymonde Dubic, interprète Fanélie, l’amie de Mathilde. Jocelyn Ulrisse personnifie Valentin, l’ami de Jules. Marie Lourdes Pierre se retrouve dans la peau de Tètè, l’amante de Valentin. Bertholand Cantave traduit le protagoniste du neveu de Valentin en la personne de Valentin Jn. Et Serge Théodore, alias Roger campe le rôle du chauffeur et ami de la famille Valentin.

Q. Vous avez fait mention de la barrière technique que vous ressentez, Quels sont ceux qui ont fait partie de la réalisation technique ?

R. En définitif, je suis responsable de la conception du projet. L’assistant à la réalisation est monsieur Jean Rodnil Dubois, Philippe Zéphyr est le responsable de la Caméra et Tactic Polo assume la trame sonore.

Q. L’adaptation de l’écriture théâtrale au cinéma cause t-elle des problèmes techniques ?

R. Tout à fait. Au théâtre, la description d’une scène se situe entre la vie réelle et l’imaginaire. Au cinéma, on a l’opportunité de soutenir l’évidence des faits. Par habitude de la mise en scène, il me fallait trouver la direction voulue. Le fait que les comédiens ne soient pas des acteurs de cinéma, je devais porter une attention particulière à leur « jeu ». Cela exige la gestion du groupe. Il faut penser à changer rapidement le tempérament d’un personnage pour ajuster une scène. A titre d’exemple, initialement, j’avais un des personnages qui était émotionnellement généreux et sensuel. Pour éviter des dérapages de toutes les sortes, je me suis ravisée de rendre le personnage plus pratique que sentimental pour mettre fin à un dilemme potentiel.

Q. Dans le film, vous avez donné droit parole aux aîmés. Quel message doit-on saisir à travers votre choix sur la catégorie de l’âge d’or ?

R. J’aurais pu traiter la délinquance, au bout du compte, je me suis penchée sur la vieillesse.

Mathilde.- « Men wi, ... mfèt sòt met tenti pou cheve’m ka bèl, pou ka santi mwem jen. »
Fanelie.- « Mwen dakò, paske lè ou rele apre kò ou, sa ba ou ANVI VIV. »

Le sujet est accentué sur de la relation intergénérationnelle.

Jules.- « Li rele Pentlèt. »
Carole.- « Pentlèt ! »
Jules.- « Bon, se yon ti jwèt non. Pafwa mwen rele’l Pent lèt, tas lèt, pòt lèt. Men vrè non’l se Paulette. Ah si Mat pat la, Jules tap nan Paulette. »

Nos grands-parents se sont soumis à la discipline exagérée certes, mais une discipline de vie afin sauvegarder notre éducation. J’ai voulu justement démontrer le sens du sacrifice respectif d’un père et d’une tante vis-à-vis de leur progéniture. Beaucoup d’autres thèmes sont greffés au sujet principal. Parmi lesquels, le positivisme de la vie (le goût de vivre ( mwen anvi viv), la vie de couple qui est une façon de sécuriser ses vieux jours. Je ne prône pas l’abstinence, mais une hygiène de vie tant sur le plan nutritionnel que sexuel tout en étant consciente des besoins biologiques de chacun de nous. C’est ça le message essentiel du film. « Enben, mwem pa tèlman pran kafe ankò, paske lè ou sèten aj, li bon pou mete yon bemòl sou tout sa kap antre an dedan ou. Ou dwe ralanti sou agreman fitil. »

Q. Le sujet est-il basé sur une histoire d’amour versant dans le drame ou l’humour ?

R. L’humour occupe une grande place dans l’histoire. C’est un choix mûri. Je suis fortement incommodé par le sexe au cinéma. Il y a d’autres choses plus utiles à indiquer que de pousser les jeunes à la barbarie et la délinquance.

Q. Quand peut-on espérer la projection du film ?

R. Normalement, le film devait être projeté à l’occasion du Mois Créole, édition 2006. Plus précisément, la Journée du Cinéma créole qui serait intégrée dans la programmation. Incidemment, cela n’a pas été possible, en raison de nombreux inconvénients. Toutefois, la première médiatique est prévue pour bientôt. Et le grand public pourra le voir à l’occasion de la Saint-Valentin, puisque le sujet est très à propos.

.- Je vous remercie infiniment madame Démosthène.

.- Il n’y a pas de quoi.




BÔ KAY NOU


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