Mise à jour le 12 juillet
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Mercredi 26 juillet 2017 14:38 (Paris)

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Les trafiquants de drogue sont de retour, craint Andrésol

Trois cents (300) kilos de cocaïne saisis. Des rumeurs le disant démissionnaire. Son avenir à la tête de la Police nationale. Mario Andrésol fait le point et dit sa détermination à faire son travail. Le DG de la PNH dénonce le retour des trafiquants de drogue dans l’entourage des autorités. Ils cherchent le parapluie des puissants pour reprendre leurs habitudes d’il y a quelques années, craint le chef de la police. Première partie d’une longue interview accordée au Nouvelliste.

Haïti : Le Nouvelliste : Le directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH) a-t-il démissionné comme le dit la rumeur ?
Mario Andrésol : La rumeur de ma démission n’est pas fondée. J’ai un mandat qui court jusqu’au 18 août 2012. Il n’y a pas de fondement à cette rumeur. Je n’y ai jamais pensé. Cela n’a jamais été évoqué.

L.N : Cependant, le directeur est invisible...
M. A.  : Je ne sors plus de chez moi car, depuis plus d’un mois, j’ai eu une rupture de 90% de mon tendon d’Achille droit. J’ai dû rester alité, immobilisé. J’ai été opéré. Je me remets et d’ici la fin de cette semaine je vais commencer ma rééducation physique. Cependant, je n’ai jamais cessé de travailler. Chaque jour, je me réunis avec l’état-major de la Police nationale d’Haïti et il n’y a pas de décision dont je ne suis pas informé et les ordres partent de chez moi.

L.N. : Cette rumeur de démission intervient alors qu’il y a des saisies importantes de drogues, des arrestations, des incendies... cette rumeur serait-elle liée à l’actualité de ces derniers jours ?
M. A. : Nous sommes dans une situation de grande confusion politique. A chaque fois que le pays traverse des périodes similaires, il y a un ensemble de faits qui ont une incidence directe sur la sécurité du pays.
A chaque fois qu’il y a des troubles politiques, l’insécurité augmente. Tout a commencé avec la saisie des trois cents kilos de cocaïne et l’arrestation des trafiquants : le marché de Tabarre a brûlé, il y a les rumeurs qui annoncent ma démission... il y a sans doute un secteur qui a intérêt à faire cela.

L.N. : Dans quel but, selon vous ?
M. A.  : Notre job à la police est de permettre à la population de vaquer à ses occupations et d’arrêter les bandits quel que soit l’endroit où ils se trouvent ou quelle que soit leur importance. Le dossier des 300 kilos de cocaïne panique un secteur qui a peur que les investigations ne remontent toute la filière.
La garantie que je peux donner à la population est que la police va continuer à faire son travail. Mon passé, on le connaît. Quand j’étais à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), nous ne plaisantions pas avec les trafiquants de drogue, aujourd’hui avec cette affaire et l’arrestation du Colombien, nous sommes prêts à arrêter quelle que soit la personne qui serait impliquée dans cette affaire, quel que soit son encrage. Sans doute, cela dérange.

L.N. : Il y a eu aussi une autre saisie cette semaine, à l’aéroport, de 35 kilos de marijuana. Cela fait beaucoup de stupéfiants saisis. Cela ne s’était pas vu depuis des temps des prises aussi proches sur une si courte période ?
M. A. : Ce n’est pas une saisie brusque. Nous menons des opérations contre la drogue ; ce sont des opérations délicates et sensibles qui nécessitent la collaboration d’autorités policières de plusieurs pays de la région (USA, République dominicaine, et agences importantes : la DEA, Interpol et autres). Ces opérations demandent du temps et de la patience. Nous mettons en place des mesures pour empêcher aux petits bateaux et au petits avions de recommencer à prendre la zone sud du pays comme point de passage de la drogue, particulièrement dans la zone de Savan Djann. Il y a des activités. Nous essayons de les contrer régulièrement et oeuvrons pour empêcher le retour du trafic florissant.

L.N. : Il y a une recrudescence du trafic de drogue de nos jours ?
M. A. : Aujourd’hui, j’ai comme l’impression que nous revenons aux temps anciens d’il y a huit ou neuf ans quand le trafic avait ses belles années. Au temps où les trafiquants avaient des amis haut placés et bénéficiaient de la couverture de certains policiers ripoux. Je suis très préoccupé, car je constate qu’il y a des éléments qui reviennent sur le terrain et nous avons des indices qui laissent croire qu’ils essaient de renouer avec ces anciennes pratiques. Ils cherchent a réactiver leurs anciennes filières. Il y a des têtes qui sont de retour au pays, lesquelles étaient impliquées dans les cas de kidnapping, meurtre, trafic de la drogue et le trafic d’armes et de véhicules volés entre Haïti et la République dominicaine. Ils sont de retour dans le paysage et s’affichent avec certaines personnalités pour faire passer le message que la situation ante peut se réinstaller à tout moment.

L. N. : Que comptez-vous faire ?
M.A. : D’ici la fin de mon mandat on va continuer à travailler pour les contrer et appliquer la loi pour éviter que la PNH et la société haïtienne ne retombent dans la situation déplorable que nous avons connue il y a de cela quelques années avec ces éléments qui reviennent à visière levée. Rappelez-vous, entre 2001 et 2004 aussi on avait arrêté tous ceux qui s’adonnaient au trafic des stupéfiants dans le pays et moi je n’étais pas sur le terrain. La police, en tout temps, fera son travail. Ce n’est pas une question de qui en est le directeur général. Quand nous refusons d’appliquer nos propres lois, d’autres le font à notre place et c’est bien dommage.

L. N. : Vous avez identifié d’anciens trafiquants qui reprennent du service ?
M.A. : Après sept ans à la tête de la PNH si quelqu’un croit que je n’ai pas des informations sur certains acteurs et que je ne suis pas renseigné par les forces de police des pays amis du continent, ils se trompent. Les secteurs qui s’agitent et qui propagent toutes sortes de rumeurs peuvent s’inquiéter. Avec ou sans moi, la PNH fera son devoir. En 2005-2006, j’étais très à cheval sur les principes pour rétablir l’ordre. Pendant le temps qu’il me reste, d’ici le mois d’août, je le serai encore. On peut me tuer, attenter à ma vie, faire circuler des rumeurs, la PNH fera son devoir.

L.N. : Vous avez un message pour ceux dont vous parlez ?
M.A. : Le signal que j’envoie à ceux qui ne mènent pas bien leur barque est clair : la police les a dans son viseur et finira par les appréhender. Nous avons une tradition d’hommes qui essayent toujours de se faufiler dans le giron des hautes personnalités et cherchent à bénéficier de cette proximité pour mener, à leur insu, leurs activités criminelles. La police fera son travail de surveillance, fera les enquêtes et procédera à des arrestations, si nécessaire.

L.N. : Croyez-vous que le 18 août votre mandat va être reconduit pour une nouvelle tranche de trois années ?
M.A. : Je ne m’inquiète jamais de l’avenir. Je peux assurer que d’aujourd’hui au 18 août je ferai mon travail comme je le fais depuis mon premier jour au sein de la Police nationale d’Haïti et ce, dans le respect de la Constitution, des lois et du règlement interne de la PNH.
Je ne les violerai pas. Personne ne pourra me les faire violer non plus. Et advienne que pourra.
Cependant, je ne me fais pas d’illusion non plus - après sept ans à la tête de la PNH passés à faire ce que je pense être bon pour la PNH et la société -, je sais qu’ils sont nombreux ceux qui voudraient prendre la tête de la PNH pour faire à leur aise en oubliant d’où nous sommes partis et quelle est l’histoire de cette institution créée en 1995. Cela dit, cessons les tripotages, les commérages, les on-dit et les kout lang.

Propos recueillis par Frantz Duval
duval@lenouvelliste.com




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