Mise à jour le 5 avril
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Lundi 01 mai 2017 04:14 (Paris)

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LA TERRE, LES HOMMES ET LE POUVOIR DES DIEUX
« Il est des endroits où même la mort peut mourir. » (H.P. Lovecraft)

Obéissez à vos conducteurs et ayez pour eux de la « déférence, car ils veillent sur vos âmes dont ils devront rendre compte ; qu’il en soit ainsi, afin qu’ils le fassent avec joie, et non en gémissant, ce qui ne vous serait d’aucun avantage. » (HÉBREUX 13, verset 17)

par Saint-John Kauss

LA TERRE, LES HOMMES ET LE POUVOIR DES DIEUX

« pour Marie-Anne Chérasard »

Lorsque Milo Marcelin écrivit son ouvrage (1), il avait sûrement oublié de mentionner que, depuis les temps immémoriaux, les hommes ont été des créateurs de mythes. Quête utopique devant l’origine de la Vie, devant la hantise de la Mort, ou la peur de l’Inconnu. Les hommes se sont toujours raconté des histoires dans le but de mieux comprendre l’univers qui les entoure ou de faire face à la souffrance. Mais après plusieurs siècles d’appréhension de la Connaissance, l’illusion rationaliste s’est vite emparée de l’illusion poétique ou métaphysique, et on assiste dès lors à l’association du mythe au mensonge ; ce qui le discrédite malheureusement comme une déformation de la Vérité. Les mythes ont au contraire pour fonction, entre autres, « de nous aider à voir l’envers du décor et le sens caché derrière le visible et l’immédiat. » Le rôle des mythes ou de l’imaginaire, n’est-ce pas de nous susciter à mieux vivre dans l’illusion ou dans l’attente d’une humanité plus réconfortante.

L’ORIGINE DES LOAS ET LES LOAS D’ORIGINE

Dans le contexte de la légende du vaudou, les loas (1-6) sont des divinités, des génies, des esprits ou des êtres surnaturels et puissants, qui ont des dons démesurés auxquels s’accommodent certains humains par pure obligation, par cupidité ou par curiosité dans le but de parfaire leur connaissance. Les loas sont d’origine mystérieuse, d’où leur appellation d’anges, de « mystères », voire de diables pour les non partisans du vaudou (catholiques et protestants). Dans l’imagerie des non-adeptes de ce culte, les loas et le vaudou tirent leur origine de l’Afrique ancestrale et satanique, plus précisément du polythéisme Fon et Yorouba pratiqué dans le golfe du Bénin. A cela s’ajoutent des cultes dahoméens et autre curiosités mystiques ramassées lors de la Traite des nègres (Europe, Afrique, Antilles ou Amériques). Car les Amérindiens, avant Christophe Colomb et les « conquistadores » qui le suivirent, servaient des dieux, les Zémès (2,7). D’où le terme créole « Franc Guinen » (franc généré, franc engendré) qui se réfère au peuple précolombien dont les Ancêtres, les Atlantes - tout comme Jésus - naissaient d’une seule chair.
À cette époque, les femmes pouvaient, après l’ovulation, se féconder elles-mêmes, sans apport de germe mâle extérieur. Cette faculté se nomme « Immaculée Conception » ou franche génération (Henry-Claude Innocent, conférence, 1995). Cependant, chez l’Haïtien d’hier et d’aujourd’hui, ceci est le prototype d’un comportement ésotérique basé sur la non violence et le respect des lois de la Nature. Du choc mystique entre les dieux africains - les loas - et ceux des Indigènes des trois Amériques, naquirent une nouvelle race d’esprits ou de génies difficile à dénombrer, à classifier et surtout à dénommer. Ces nouveaux loas ont été, sûrement par souci d’ordre hiérarchique, surnommés « loas créoles ou indigènes » et « loas d’habitation ou domestiques », notamment pour les esprits des ancêtres aussi bien que pour les Gardes (esprits guerriers) nés pour la plupart parmi les marrons de l’esclavage (Jean Zenga, Biassou, Charles Belair, Hallalou, Romaine, Mackandal, Makaya, etc.) que les loas avaient initiés à Saint-Domingue. D’où le culte « Makaya » ou culte de Simbi Makaya qui est constitué par une sélection de rites guerriers tirés des rites Rada, Pétro, Bisago (Bizango), Mandengue, Nago, Bambara, Ibo, Peul, Arada, Congo... venus d’Afrique. Le « Makaya », à l’opposé du « Guinen », est très expéditif et, paraît-il, peu soucieux du respect des lois cosmiques. Il existe historiquement cinq grands moments dans l’évolution du culte Makaya-Bizango en Haïti : les règnes de Dessalines, de Pétion-Boyer, de Soulouque, de Duvalier et d’Aristide-Préval.

A l’instar de plusieurs chercheurEs (1-3,8-13), nous croyons que les Sciences Occultes du Vaudou se basent sur une généalogie des dieux, leurs relations mutuelles, leurs fonctions, leurs classifications, aussi bien que sur un mélange de rites (Rada, Pétro, Congo, Nago, Ibo, Zandor, etc.), de motifs (vèvès) et de symboles kabbalistiques ; à la fois mi-religieux, mi-animiste et mi-scientifique. Ces rites - Rada qui correspond à l’Air ; Pétro au Feu ; Congo à l’Eau ; Ibo au Verbe, Nago au Métal, et An-Mine à la Terre - sont destinés à honorer les loas, à les contacter et à les vénérer au cours d’une cérémonie (1-3). L’arrivée d’un loa se manifeste par la possession d’un sujet (11), en passant par ses caractéristiques lors d’un choc émotionnel, d’un deuil, d’un incident inattendu et inhabituel, des noces, des danses et des cérémonies présidées par un Hougan ou une Mambo. Le loa peut chevaucher ou visiter son fidèle même durant le sommeil. Ces esprits omniprésents et puissants contrôlent des vies humaines et sollicitent en échange du respect et de la loyauté envers eux. Ils nous rappellent très souvent que tout Esprit est jaloux, et même Dieu, le Grand Tout, le Grand et inaccessible Olohoum, que personne d’ailleurs n’a jamais vu.
En Haïti, ils sont trop souvent sollicités par les habitants de ce pays, précisément lors des séances de guérison, par souci matériel ou pour des besoins de protection. Ils sont alimentés par la classe politique (3), les commerçants de la bourgeoisie marchande, les militaires et le bas-peuple (3,12-13). Et puisque chaque famille haïtienne a son protecteur ou ses loas (6,14-15), il est donc facile de s’imaginer le nombre de « services », de cérémonies ou d’actions de grâce commandités par l’ensemble de la population haïtienne au cours d’une année.

Quel héritage d’Afrique (14-15) que cette panoplie de génies aux quatre éléments (eau, terre, feu, air) qui correspondent à, entre autres, Agouet Aroyo (Eau), Erzulie (Terre), Ogou (Feu) et à Nibo (Air). Des quatre coins cardinaux (Ouest : eau, le matériel ; Nord : terre, la production, la créativité et la survie ; le Sud : feu, la consommation et la transmutation ; Est : air, le spirituel et la renaissance), ils sont toujours à leur poste de protection et de combat (3,17).

Aux dieux, aux esprits-loas et aux esprits-hommes (loas achetés), sont dédiés des oraisons et incantations (1), des danses et chants (1,10), des temples (hounforts) (2,16) pour prier et demander, vénérer et honorer. En effet, ceux-ci guident, conseillent, prédisent l’avenir, et même punissent la désobéissance d’un serviteur. Une plainte peut aussi être déposée auprès d’un génie ou loa contre un affront fait à un adepte.

Les loas sont associés, paraît-il, depuis l’esclavage à Saint-Domingue aux Saintes de l’Église Catholique. Ils sont souvent identifiés ou assimilés aux images des personnages saints figurés dans les chromos catholiques. Damballah « Arc-en-ciel » est représenté par Moïse (rite Rada) ; Damballah « La-Flambeau » par Saint Patrick (rite Pétro), Tokan Aïda Ouèdo - le principe féminin de Damballah - par Notre Dame de l’Immaculée Conception ou Sainte Véronique ; Piè (Pierre) Damballah et Piè Dantor par Saint Pierre ; Grann (Grand-mère) Alouba ou Aloumandia est identifiée à Sainte Anne ; Legba Mèt Kafou (Maître Carrefour) par Saint Lazare ; Legba Mèt Pòtay (Maître Portail) par Saint Pierre ; Atibon Legba par Saint Antoine (l’Hermite, rite Rada ; de Padoue, rite Pétro) ; Simbi dlo (eau) par Saint Raphaël ; Simbi Andeïzo (entre deux eaux) par Saint André ; Azaka Médé par Saint Isidore le Laboureur ; maîtresse Erzulie Fréda Dahomey par Sainte Rose, Vierge Miracle, Mater Dolorosa, Vierge Caridad ou encore Sainte Élisabeth ; maîtresse Erzulie Dantor par Notre Dame de Czestochowa - Mater Salvatoris, la Vierge Noire de Pologne -, Notre Dame du Mont-Carmel, Notre Dame du Perpétuel Secours ou Notre Dame d’Altagrâce ; maîtresse LaSirène par Notre Dame de l’Assomption ; Baron Samedi par Saint Martin de Porrès ; Guédé Nibo par Saint Gérard de Majella ; Baron LaCroix par Saint François d’Assise ; Bossou Trois Cornes par Saint Vincent ; Ogou Batallah par Saint Philippe ; Ogou Balendjo par Saint Jacques le Majeur ; Ogou Ferraille et Shango par Saint Georges ; Ogou Badagri par Saint Joseph ; Ogou Saint Jean ou Jean Dantor par Saint Jean le Baptiste ; Agassou Gnenin (Djémé) par Saint Augustin ; mambo Aïzan Vélékété par Jésus-le-Christ durant son baptême ; Lenglesou par Jésus-Christ crucifié et ensanglanté sur la Croix ; Loko Atissou (Papa Loko, médecin et hougan), le gardien des hounforts, par Saint Joseph ; maîtresse Clermesine Clermeil par Sainte Claire ; maîtresse Philomise Pierre par Sainte Philomène ; Saint Nicolas et Sainte Lucie, considérés comme les parents des loas Marassa, par Saint Côme et Saint Damien, les Jumeaux monozygotes catholiques. Les loas ou « mystères » sont fêtés au jour anniversaire des Saints auxquels ils sont identifiés.

Bref, il est à noter que les dieux Legba, Ogou et Erzulie sont parmi les loas les plus représentatifs dans les chromos populaires des images catholiques. Cette dichotomie ou plutôt le syncrétisme observé, utile jusqu’à présent, prit naissance dans les « cases nègres » afin d’éviter, sans nul doute, les foudres du Commandeur ou du Colon qui voulait à tout prix « civiliser » les esclaves. Chaque « esprit » de l’Afrique fantôme, non oubliée, était représenté par un Saint de l’Église Catholique, correspondant à son image et à son pouvoir divin. Les esclaves africains, en se prosternant devant une image d’unE SaintE, mentalement se projetaient vers l’Alma Mater, l’Afrique perdue à jamais mais gardée secrètement dans leur mémoire.

LA VÉRITÉ DES DIEUX

Existe-t-il une vérité même pour les dieux ? Cache-t-on des « choses » depuis la fondation du monde ? (18) Les loas, esprits, anges, existent-ils vraiment ? (4,19) Les Saints catholiques ont-ils remplacé les dieux de l’Antiquité ? Qui est le Saint Graal ? Qui est Jésus Christ ? (17,20-21) Quel fut le secret des Templiers ? (20) Qui sont vraiment Confucius, Mahomet et Bouddha ? (22) Autant de questions pour autant de réponses gardées secrètes par les détenteurs et les héritiers du pouvoir divin sur terre, les hommes de l’Église.

Mais, n’est-ce pas un « esprit » qui arrêta le bras d’Abraham ; un « esprit » qui annonça à Marie qu’elle va être mère de Jésus ; un « esprit » qui dicta à Mahomet un livre, le Coran, qui bouleversera l’Orient ? Jeanne d’Arc, n’a-t-elle pas été guidée par des « saintes » face au tribunal de l’Inquisition ? L’Archange Saint-Michel est-il si différent du « Ogou » haïtien ou africain ? Si l’on comprend bien (10,17), qu’il s’agisse du « diamon » grec, des « djinn » arabes, des « anges, archanges, trônes et dominations », ils sont de tous les temps et de toutes les civilisations. Chaque peuple donne aux « esprits » les noms qui lui conviennent. Il s’agit vraisemblablement des mêmes « esprits » sous des appellations différentes. (10, 15)

Néanmoins, il existe en Haïti et autres lieux une multitude de loas créoles, indigènes ou régionaux, paraît-il incalculables, qui régit la vie au quotidien. Les plus célèbres de ces loas et divinités sont les Erzulie (Fréda, Dantor, Mapiangueh, Balian, Borang, Taureau, Guétor, Kaoulo, etc.) ; les Ogou (Batallah « le Patriarche des Ogou », Balendjo, Badagri, Ferraille, Ashadeh, Yamsan, Bacouleh, Shango, Ossangne et consorts) ; les frères Zaka (Azaka Médé, Limba, Guidi, Guesci) ; les sept Legba (Legba Avadra, GrandChemin, Atibon, Kafou, Zanclian, Fleuroundé...) ; les Simbi ou les Saints de l’eau (Simbi Andeïzo, Simbi Am-po-lha, Simbi Iom-pha-ca) ; les Marassa (Marassa Dosou, Dosa, Dogué, Marassa Kay, Marassa Bois, Marassa Guinen, Marassa Congo, Marassa Zinsou, Zinse, Marassa Carrefour) ; les Guédé (Les Guédé « fils légitimes de Baron Samedi », Guédé Nibo, Brave Guédé, Guédé Loray, Guédé Ti-Wawé, Mazaka LaCroix, Guédé Zaryen, les Guédé créoles) ; les Baron (Baron Samedi, Baron Cimetière, Baron LaCroix) et Grann Brigitte (femme de Baron Samedi) ; les Pierre (Pierre Damballah, Papa Pierre, Pierre Dambara, Pierre Balawe) ; Agouet Aroyo et Maîtresse LaSirène (son épouse) ; Damballah et Aïda Ouèdo (son double féminin).

Douze importants loas, des trois principales nations (Rada, Pétro, Congo) parmi les vingt et un que l’on connaît du Panthéon haïtien, sont ici présentés. Legba, gardien des barrières, maître des carrefours, qui a le pouvoir d’ouvrir les portes de la Connaissance et de la Vérité ; Erzulie Fréda, fille d’Agoué, symbole de la prospérité, déesse de la passion et de l’amour ; Erzulie Dantor, esprit de la fertilité, mère nourricière (Athéna), mais de l’amour aussi (Athor) ; Ogou-Ferraille / Ogou-Shango, esprit de la guerre et du fer / esprit du feu, symbole de la virilité ; Cousin Zaka, esprit protecteur des paysans et des récoltes ; GrandBois, le grand dieu Pan, esprit des bois et forêts ; Simbi, esprit protecteur des magiciens et de tous ceux qui pratiquent l’occultisme ; Marassa, les esprits jumeaux, symbole de la gémelliparité dont le rôle est l’enfance du monde ; Agouet Aroyo (Agoué), dieu de la mer et des océans, symbole de l’ultime stade de l’initiation sous l’eau ; Damballah, le dieu des dieux - le culte de Damballah - , le maître suprême, détenteur de la Connaissance et de pouvoirs magiques extrêmes - symbole : le serpent, l’arc-en-ciel et l’éclair - ; Aïzan, esprit de l’Initiation et de Pureté qui éclaire les routes des initiés et de l’Astral, loa exorciseur et purificateur ; Baron Samedi, divinité de la mort, chef des Guédé, le Maître des maîtres, le maître des cimetières.

Bref, ils sont pour la plupart, sinon tous, des loas hermaphrodites ou androgynes (Erzulie, Damballah, Agoué, Simbi, Marassa), comme l’Homme l’était d’ailleurs auparavant. Adam et Ève, avant leur séparation, étaient les jumeaux de Dieu. D’aucuns, en Haïti comme à l’étranger, pensent tout haut que ces superbes génies ne sont que des anges rebelles, échus au premier ciel (Terre) pour se racheter. Nous nous demandons, dans l’optique de la vérité et de la géographie des lieux, pourquoi Haïti serait-elle, pour comble de nos malheurs, le lieu par excellence de la dérive de la foi en Dieu ? Et à quel titre, lorsqu’elles viennent des Caraïbes ou de l’Afrique, des croyances qui sont familières aux autres (23-26) sont si dénigrées ?

Dans le contexte d’une correspondance (10,15) entre les dieux haïtiens ou africains et les mythologies grecques, romaines, celtiques ou germaniques, force est de constater que le puissant Legba, le gardien des portes de l’Invisible, l’Introducteur auprès d’autres dieux, serait l’équivalent de Zeus (Grec), de Jupiter (Romain), de Taranis (Celte) et de Tiwar (Germain) ; le dieu des mers, Agoué, serait Poséidon (Grec), Neptune (Romain), Liyr et Mananan (Celte), Aegir Njorther (Germain) ; la déesse Aïzan serait Cérès (Grec), Déméter (Romain) ; les esprits jumeaux, Marassa, seraient Les Dioscures (Romain), Emmain et Macha (Celte), Alci (Germain) ; le suprême dieu, Damballah, serait Dionysos (Grec), Bacchus (Romain), Nidhoggr (Germain) ; le dieu de la guerre, Ogou, serait Arès (Grec), Mars (Romain), Teutatès (Celte), Thor et Watan (Germain) ; le dieu laboureur, Zaka, serait Esos et Amatheon (Celte) ; la déesse du plaisir et de l’amour, Erzulie Fréda, serait Aphrodite (Grec), Vénus (Romain) ; la maîtresse passionnée, Erzulie, serait Artémis (Grec), Proserpine (Romain), Dana (Celte), Hertha (Germain) ; l’esprit de la mort, Guédé, serait Priape (Grec), Priape (Romain), Fomori (Celte), Loki (Germain) ; le dieu des forgerons et des armées, Ogou Ferraille, serait Héphaïstos (Grec), Vulcain (Romain), Gobannon (Celte) ; la Reine des reines, Erzulie Dantor, serait Perséphone (Grec) ; Ogou Saint Jean serait Hermès et Criophore (Grec), Mercure (Romain), Lug (Celte).

Certes, il est important de noter que les Européens comme les Africains n’échappent pas à l’emprise des dieux sur leur monde, et que ces « esprits » sont de tous les temps et de tous les pays. Saint Jacques Majeur, n’est-il pas le Patron des Espagnols (ville de Compostelle) ? Saint Georges, celui des Libanais ; Saint Joseph, celui des Montréalais ; Saint Jean Baptiste, celui des Québécois ; Agoué règne sur Haïti et sur toutes les îles ; Notre Dame du Perpétuel Secours sur Port-au-Prince ; Saint Patrick patronne les Irlandais ; Baron règne en maître sur les Chinois (depuis la dynastie Ming) ; et Damballah ou Agoué sur les Japonais. Alexandre le Grand, ne servait-il pas Zeus ; sa mère, Dionysos ; Cléopâtre, la Grande Isis, la déesse panthée dont les Gaulois vénéraient. Damballah, aux gestes d’extravagance, ne chevauche-t-il pas précisément les Rois et Empereurs ? L’Europe de l’Est et l’Afrique, ne sont-elles pas patronnées par la vénérable Mère Universelle, la Vierge Noire, la Mater Salvatoris ? La Grèce, La France et l’Angleterre par la Mater Dolorosa ? Nostradamus, par Saint Antoine ou Legba ?

Tout pour ainsi dire que les « esprits, loas, anges ou mystères » sont aussi vieux que le monde et contrôlent nos destinées à la baguette de l’Apocalypse ... et que l’eau (Agoué), la terre (Dantor), le feu (Ogou) et l’air (Nibo) sont en principe des divinités du vaudou.

GLOSSAIRE

Abobo (Ayibobo) : Ainsi soit-il, Amen.

Ago-é : exaucez-nous.

Assogoué : C’est l’Initié au troisième degré.

Asson (açon) : Hochet rituel composé de vertèbres de couleuvre entrelacées.

Assotor : Le plus grand des tambours sacrés.

Bagui : Le bagui ou badji est l’oratoire (rogatoire) personnel du Hougan, lieu privé et privilégié où logent les esprits.

Bassin Saint Jacques : Lieu de pèlerinage où les serviteurs du vaudou se purifient dans un bassin de boue - limon de terre -, l’élément originel.

Boula : Le plus petit des tambours sacrés de la batterie Rada.

Boulé-Zen : C’est une cérémonie qui consiste à enflammer l’huile dont on a préalablement enduit des vases d’offrandes. Épreuve publique du feu à laquelle sont soumis les initiés.

Canzo (Kanzo) : Individu qui a reçu l’Initiation vaudou au cours de la cérémonie-canzo. L’Initié-Canzo est capable de toucher au feu sans se brûler.

Caprelata : Mot synonyme de « degré » ou « point » dans la magie vaudou (Sud d’Haïti).

Croix-signer : Tracer une croix sur un objet ou sur une personne.

Desounen : Cérémonie de « dégradation » visant à enlever les pouvoirs mystiques d’un initié après sa mort.

Divinor : L’équivalent du Hougan (devin) dans le Sud d’Haïti.

Djèvo (Guévo) : Cellule initiatique, une des dépendances du sanctuaire vaudou.

Djinn : Génie, dans le vocabulaire arabe.

Garde : Sorte de talisman au pouvoir magique que portent les vodouisants. Se dit aussi des esprits-hommes.

Govi : Désigne une cruche rituelle d’où parlent les esprits. On invite les loas à y descendre.

Guignon : Mauvais sort.

Hougan : Prêtre du vaudou. Selon ses fonctions, il est appelé « divinor », « bocor » ou « docteur-feuille ».

Hounfort : Le hounfort ou temple vaudou est une sorte de couvent où l’on apprend à connaître les divinités.

Houguenikon : Il dirige le chœur de la société des hounsis dans le hounfort, et se charge « d’envoyer » des chants. On parle de reine-chanterelle lorsque le rôle est tenu par une femme.

Houngnor : Nouveaux initiés.

Hounsi : Servante du temple, vêtue de blanc, qui assiste le Houngan ou la Mambo. Elle chante également et exécute des danses rituelles, accompagnée de tambours qui sont eux-mêmes des dieux, pour invoquer les esprits. Ce sont souvent des femmes initiées.

Hounsi « bossale » : C’est l’initié au premier degré.

Hounsi « kanzo » : C’est l’initié au second degré.

Ifé : Quartier général des esprits, la Ville Sainte (Ville-aux-Camps, l’Olympe vaudou, la Guinée céleste) équivalente de la Jérusalem céleste des Chrétiens. L’étoile à huit branches est le symbole d’Ifé.

Kay-loa (maison-loa) : C’est le hounfort, le temple ou le sanctuaire des esprits. On le nomme également « kay-mystère » de façon plus intime.

Lampe : Technique utilisée en magie de feu afin de canaliser l’énergie des forces suprêmes de création maléfiques ou bénéfiques pour la réalisation d’un vœu. On en distingue différents types : La lampe de chance (ou de travail), la lampe de charmes, la lampe d’expédition à caractère désastreux et maléfique.

Lampe éternelle : C’est l’équivalent vaudou de la lampe du sanctuaire. Elle repose au milieu du rogatoire.

LaPlace : Le maître de cérémonie dans le vaudou. Il est armé d’un sable ou d’une machette, et seconde le Hougan.

Libation : Cérémonie de « jeter dlo » (verser de l’eau).

Loa : Esprit, ange ou « mystère ». Les loas du rite Rada (ou Arada) sont : Aïzan, Loko Atissou, La Vierge Caridad, Sainte Élisabeth, Maîtresse Erzulie Fréda, Grand-mère (Grann) Erzulie (Fréda dans sa vieillesse), Damballah Ouèdo, Aïda Ouèdo, Atibon Legba, Agoué Aroyo, Maîtresse LaSirène, Agassou Gnénin (Djémé), La Famille Simbi, La Famille Ogou, Azaka Médé, Cousin Zaka, Agaou Tonnerre, Sobo Kessou, Badè, Les Marassa, La Famille Guédé (Les Morts).

Loas Rada servis sous la bannière Pétro : Legba, Simbi, Bossou, Agaou, Kafou (Carrefour), Marassa, Erzulie, Damballah, etc.

Loas Congo : Les trois femmes d’Égypte (La Reine Congo), Roi Ouangol, Amine, Danwezo (les trois Rois Mages), Simbi Ganga, Bazou Menen, Yatibwa Kento... des esprits-hommes. Les loas Ouangol, Amine et La Reine Congo sont vénérés avec ferveur dans le Sud d’Haïti ; alors que Danwezo est plutôt connu dans le Nord et surtout le Nord-Ouest d’Haïti.

Loas Nago : Les Ogou (Ossangne Guegui Malor, Ogou Batallah, Balendjo, Badagri, Ashadeh, Shango, Ferraille, Olisha, Balomi, Balisère, Palama, Ossangne Bacouleh, Ogou Cancannican, Ogou Yamsan, Ogou Tonnerre...). Le rouge, la couleur des Nago, l’esprit du feu. Rite Nago, danse guerrière des Ogou. Ces loas de la famille Nago ont été intégrés au rite Rada.

Les Gardes (esprits guerriers) : Marinette, Mapiangueh, Lenglesou, etc.

Loa Saint Jacques ou Saint Jacques Majeur, chef des Ogou. Comme Ogou Balendjo, Ossangne est un Ogou mouillé. Vierge Caridad, Sainte Rose, Sainte Élisabeth, probablement des doublets de la déesse Fréda, n’ont pas d’autres noms que celui de la Sainte elle-même.

Ogou Ashadeh, Ogou Ferraille, Ogou Badagri, Ogou Balendjo, les quatre, dans certaines régions d’Haïti, sont pourtant identifiés à Saint Jacques Majeur. En règle générale, ce dernier représente Ogou Balendjo ; Saint Pierre, Legba ; Saint Georges, Ogou Ferraille ; Saint Joseph, Ogou Badagri. Cependant, dans l’Ouest d’Haïti, Saint Joseph représente également Loko Atissou.

Les Ogou des rituels Rada, Pétro, Congo, Nago et Makaya sont : Ogou Bacouleh (Rada) ; Ogou Shango (Pétro) ; Simbi Ganga (Congo), équivalent de Saint Michel Archange ; Legba Nago (Nago) et Simbi Makaya (Makaya), équivalent d’Ogou Ferraille.

Si les Ogou nettoient la route aux initiés, Dantor la prépare et Fréda installe précieusement son homme. Il ne faut pas alors trop mettre l’accent sur une distinction complète entre ces deux maîtresses.

« Nan Souvenance » (Rada-Dahomey), « nan Soucri » (fief des Congo), « nan Badjo » (Nago), ces trois hauts lieux mystiques constituent le triangle sacré et représentent trois grands rituels vaudou : Rada-Dahomey, Congo et Nago.

À Port-au-Prince (Ouest d’Haïti), c’est le culte Pétro qui est à l’honneur. Dans le Nord et le Nord-Ouest, le culte des « Guédé » y est absent, alors que les « Pierre » y sont vénérés.

Il est à noter cependant que les jours d’opération ou jours consacrés aux esprits varient dépendamment de l’opérateur, c’est-à-dire à la discrétion du Hougan ou de la Mambo, et en fonction des régions, des cantons, des départements, des us et coutumes locaux, et de l’accoutumance des « habitations ». Ce même problème existe et persiste quand on fait la relation entre les loas et les images catholiques correspondantes ; ce qui laisse sous-entendre une pluralité des lieux, des hommes et de leurs secrets.

Loa-marassa : Esprit-jumeau double qui symbolise l’enfance du monde.

Mambo : Prêtresse du vaudou. On l’appelle également « Divinèse ». Quand elle pratique la magie noire, elle est désignée sous le vocable de « loup-garou ». Dans le cas d’un Hougan, c’est un « bocor ».

Manger-loa : Cérémonie vaudou où l’on donne à manger aux esprits. On parle de « manger-marassa », de « manger-les-morts », de « manger-les- anges ».

Ogan : Cloche.

Pé : Autel dans un sanctuaire vaudou. Se dit encore « Pégi ».

Péristyle : Grande salle qui prolonge le sanctuaire vaudou, réservée aux cérémonies et danses publiques.

Père-savane : Personnage très populaire qui mime la conduite et les responsabilités d’un prêtre qu’il représente officieusement dans les campagnes haïtiennes.

Pierre-tonnerre : Pierre triangulaire trempée dans l’eau bénite, dans l’huile ou dans un bain aromatique. Elle représente un dieu ou un loa.

Pitite-feuille : Celui ou celle qui a reçu l’Initiation d’un Hougan ou d’une Mambo. Il ou elle devient son « Papa-feuille » ou « Manman-feuille ».

Porte-drapeau : Ils sont au nombre de deux.

Pot-tête : Pot de tête contenant l’âme de l’Initié.

Poteau-mitan : Pilier central et sacré du péristyle, aussi appelé « Poteau Legba » qui est en somme le poteau des esprits.

Reposoir : Arbre favori servant de résidence à un loa. Celui-ci peut avoir plusieurs reposoirs.

Serviteur : Une personne qui pratique fidèlement le culte des « esprits » vaudou en leur présentant de façon régulière des offrandes.

Sobagui : L’une des trois pièces du hounfort.

Zambos : Métis d’indiens et de nègres.

Zémès : Dieux du panthéon indien d’Haïti.

Zen : Pot de terre (rite Rada) ou de fer (rite Nago) utilisé dans le boulé-zen.

Vèvè : Dessin ou motif, à base de farine, tracé à même le sol au pied du pilier central, qui est l’emblème d’une divinité que l’on désire invoquer. Marque distinctive d’une écriture symbolique des esprits laissée par les ancêtres. C’est l’héritage, la Bible de l’Afrique animiste (Max Beauvoir). Vestige de la culture totémique (Louis Maximilien).

Les vèvès descendent de la tradition religieuse des Indiens. Ces derniers les réalisaient par des procédés analogues à ceux des Haïtiens. Au cours des temps, les motifs indiens ont été partiellement remplacés, sous l’influence coloniale française, par ceux de la magie (symboles kabbalistiques). Ceux-ci ont été adoptés par le vaudou dans un esprit religieux qui obéissait à la tradition indienne (Dr Louis Maximilien).

Il était naturel que dans les « yucuyaguas », villages des rebelles (indiens et nègres révoltés), s’opérât une fusion des techniques de production, celles des chants et des danses, des arts plastiques, celles des panthéons de deux populations animistes (Jacques Stephen Alexis).

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

(1) Milo MARCELIN : Mythologie vodou (Tomes I et II), Les Éditions Haïtiennes, Port-au-Prince, 1949-1950.

(2) Dr Louis MAXIMILIEN : Le vodou haïtien, Impr. de l’État, Port-au-Prince, 1945.

(3) Milo RIGAUD : La tradition voudoo et le voudoo haïtien (son temple, ses mystères, sa magie), Niclaus, Paris, 1953.

(4) Lorimer DENIS : Origine des loas, in Mémoire de l’Institut Français d’Afrique Noire, Dakar (Sénégal), 1953.

(5) Alfred MÉTRAUX : Le vaudou haïtien (1958), Gallimard, Paris, 1977.

(6) Eddlyn DESRUISSEAU : Les amantes du mystère, Humanitas / Nouvelle Optique, Montréal, 1989.

(7) Jacques Stephen ALEXIS : Du réalisme merveilleux des haïtiens, in Présence de Jacques Stephen Alexis, Publication du CRESFED (Centre de recherche et formation économiques et sociales pour le développement), Port-au-Prince, sans date de parution, pp.23-65.

(8) Jean PRICE-MARS : Ainsi parla l’oncle (1928), Leméac, Montréal, 1973.

(9) Lorimer DENIS et François DUVALIER : Évolution stadiale du vodou, Port-au-Prince, 1943.

(10) Claude PLANSON : Le grand livre du vaudou, Librairie de l’Inconnu, Paris, 1999.

(11) J. C. DORSINVILLE : Vodou et névrose, La Presse, Port-au-Prince, 1931.

(12) Dr Jean Baptiste ROMAIN : Le vaudou haïtien, Impr. de l’État, Port-au-Prince, 1970.

(13) Emmanuel C. PAUL : Panorama du folklore haïtien, Impr. de l’État, Port-au-Prince, 1962 ; Fardin, Port-au-Prince, 1978.

(14) Placide DAVID : Héritage colonial en Haïti, Madrid, 1959.

(15) COLLECTIF : Ancestral rays, Journey through haïtian history and culture, Illustrated with the works of Hërsza Barjon, Old Dillard Museum, February 10-March 31, 2005.

(16) Léonce VIAUD : Le hounfor, in Bulletin du Bureau d’Ethnologie, no 12, 1956.

(17) Alexandre MORYASON : La lumière sur le royaume ou Pratique de la magie sacrée au quotidien (1986), Impr. du Corrézien, France, 1993.

(18) René GIRARD : Des choses cachées depuis la fondation du monde, Grasset, Paris, 1978.

(19) Laënnec HURBON : Dieu dans le vaudou haïtien, Payot, Paris, 1972.

(20) Robert AMBELAIN : Jésus ou le mortel secret des templiers, Laffont, Paris, 1970.

(21) Jean-Louis BERNARD : Apollonius de Tyane et Jésus, Robert Laffont, Paris, 1977.

(22) Réginald O. CROSLEY : The vodou quantum leap, Llewellyn Publications, St-Paul, MN (USA), 2000.

(23) Louis SÉCHANT et Pierre LÉVÊQUE : Les grandes divinités de la Grèce, Paris, 1966.

(24) Mircea ELIADE : Traité d’histoire des religions, Gallimard, Paris, 1949.

(25) Mircea ELIADE : Initiation, rites, sociétés secrètes, Gallimard, Paris, 1959.

(26) Jean KERBOULL : Le vaudou, magie ou religion, Robert Laffont, Paris, 1973.




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