Mise à jour le 12 juillet
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Mercredi 26 juillet 2017 14:39 (Paris)

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Idées et réalités

1-Nationalité versus « diri ak pwa »

Pour certains, haïtiens et étrangers, la question de la nationalité des dirigeants du pays n’est pas une question essentielle. N’importe qui peut diriger le pays, pourvu que le peuple mange, que des emplois soient créés et que des investisseurs débarquent.

Le chef de l’Etat a publiquement exprimé cette opinion. Dans divers cercles des classes moyennes aisées et de l’oligarchie traditionnelle, une telle opinion est aussi largement partagée.

Selon les tenants de cette thèse, on n’a que faire désormais des notions telles que souveraineté nationale, idéal dessalinien, intérêts nationaux, identité nationale. Elles sont devenues désuètes et relèvent du folklore. Elles sont de plus des obstacles au développement.

L’ironie de l’histoire, c’est qu’on retrouve parmi les « anti-nationaux » ; (car c’est bien ainsi qu’il faut les appeler ) des ex-membres de la gauche pour qui, jadis, il fallait bien « mourir pour le drapeau » et donc pour la nationalité ; on remarque tout aussi bien des duvaliéristes qui, au bon vieux temps de la présidence à vie, affichaient tapageusement la posture nationaliste « etranje pa mele ». Leur attitude d’aujourd’hui complète la liste des facteurs expliquant que leur nationalisme ne fut toujours que de façade.

Point n’est besoin d’envisager les funestes conséquences du mépris ou du rejet de la nationalité haïtienne. L’une d’entre elles, et pas des moindres, est certainement la « liquidation » du pays. Devrait-on alors inscrire le slogan « Haïti is open for business » dans cette triste perspective ?

2- Sus aux institutions !

La plupart de ceux qui s’opposent au débat sur la nationalité n’ont cure de l’existence d’institutions solides et fonctionnelles. « Quelle est cette histoire de parlement qui se permet d’enquêter ? » Le pays, de leur point de vue, vivrait mieux sans parlement. Des parlementaires, pour quoi faire ? « De ki lakyèl de palmantè ? »

Leur attitude n’est pas différente vis-à-vis du pouvoir judiciaire.

Certes, ces « pouvoirs » peuvent exister. Mais, pour la galerie. Il ne faut jamais qu’ils se constituent en contre-pouvoir. L’Exécutif est le POUVOIR suprême et effectif. Et, point final. Un parlementaire qui veut son respect se le procure auprès de l’Exécutif. Autrement, point de salut.

Les « anti-institutions » ne s’attardent pas à critiquer les dérives de celles-ci pour qu’elles s’améliorent. On arrête, on tue ou l’on expulse leurs membres. Au pire, on détruit entièrement l’institution. Voilà comment on procède chez nous.

Il est vrai que, bien souvent, le ver est dans le fruit. « Rat kay, ap manje pay kay ». Les ennemis des institutions se trouvent en leur propre sein. Ils utilisent leurs prérogatives pour, au minimum, « gagner leur pain » et, au maximum, amasser des fortunes. Mais, c’est à eux qu’il faut s’en prendre. Pas aux institutions. Il faut tout faire pour les garder et les perfectionner. Quand des démocrates défendent le parlement, ils ne soutiennent pas forcément des sénateurs et des députés. Il est tout aussi vrai que, certaines fois, un tel objectif ne peut pas être atteint sans la défense du ou des parlementaires qui en ont la charge.

3-La « marchandisation » de l’esprit critique

L’esprit critique suit désormais, chez nous et en certains autres endroits, « le rythme du marché ». Il est devenu une donnée quelconque du système néolibéral. De ce fait, il subit la loi de l’offre et de la demande. Tel intellectuel réputé de gauche hier est de droite aujourd’hui. On est en plein dans la logique du « sak vid pa kanpe ». Le « djobeur » d’aujourd’hui n’est plus le militant d’hier. Il n’a plus la même lecture des choses.

Mais, la versatilité devient chez nous un principe cardinal. Tout le monde y souscrit. La signification des normes varie selon les intérêts. On construit alors de grandes, mais d’extraordinaires théories explicatives et justificatives, pour, en réalité, « se mettre à table » quand le met, abondant, est servi. Car, il faut avoir bonne conscience. Et, pour cela, il faut avoir de l’audace. Et même du cynisme, en ces temps difficiles où la crise économique frappe à toutes les portes.

De ce fait, on ne décèle plus les nuances. Même quand l’évidence crève les yeux. A ceux qui décèlent des problèmes de faire la preuve de ce qu’ils soutiennent ! Surtout quand « un grand BLAN » a parlé !

L’intellectuel haïtien qui « mange » est un parfait cyclope. Il ne voit pas plus loin que le bout de son nez. S’il lui en reste. Les parades en rose en disent long…

« Kidonk, nèg wè sak ekri sou kat rezidans, men yo pa wè ! Vin fè yo wè siw kapab ! »

La « flexibilité alimentaire », pour ne pas dire « intestinale », d’une large catégorie d’intellectuels, de professionnels et de technocrates haïtiens fait du tort à l’application des normes ou même à leur existence.

On a entendu l’un d’entre eux soutenir récemment que le parlement n’est pas plus compétent que le service de l’immigration en ce qui concerne l’analyse de ses documents de voyage. On aimerait bien entendre un fonctionnaire américain débiter pareille énormité devant une commission du congrès US !

4-L’approche simpliste des réalités

L’approche méthodique et scientifique des réalités fait de plus en plus défaut dans les milieux lettrés en mère-patrie et en diaspora. On se laisse facilement aller aux premières impressions. On ne prend plus le temps d’observer et de noter. On rue littéralement dans les brancards. L’émotion et l’esprit partisan modulent les attitudes. On perd alors le nord. Et, on devient des marionnettes entre les mains des habiles politiciens d’ici et d’ailleurs.

On n’arrêtera pas de nous faire avaler des couleuvres tant que ceux d’entre nous qui font partie des nantis du savoir n’auront divorcé avec les approches simplistes. Il faut, quels que soient les intérêts, prendre le temps d’analyser, de comprendre, d’apprécier, d’évaluer, avant de se prononcer. Il faut rejeter les aprioris ainsi que les préjugés. Il faut prendre l’habitude de considérer et de privilégier les faits.

Le « voye monte » affecte considérablement notre corps social. Il aggrave les déchirements et obscurcit les réalités véritables. Il retarde la prise de conscience des enjeux en renforçant les mystifications de toutes sortes.

Le fanatisme plat est la marque des esprits faibles. Il faut dépasser ce stade pour entrevoir les perspectives de construction dans la concertation dynamique. Entendez par là celle qui n’exclut pas les contradictions.

Quand un problème d’intérêt national se pose, les intérêts particuliers devraient passer au second plan.

Abordons toutes les questions nationales avec ouverture d’esprit et volonté de tirer véritablement le pays du bourbier dans lequel il s’enfonce chaque jour davantage. N’ayons surtout aucune crainte des crises dont la bonne gestion peut se révéler salutaire pour l’édification d’une société « juste et durable », en référence à l’équité et à la stabilité.

Marvel DANDIN

Radio Kiskeya




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