Mise à jour le 12 juillet
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Mercredi 26 juillet 2017 14:30 (Paris)

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Elections : Mensonges et Vérités !

Les 6 sénateurs de la République sont désormais présentés comme les principaux, pour ne pas dire les uniques, obstacles à la tenue des élections : c’est le point de vue du gouvernement Martelly/Lamothe. C’est aussi celui de la « communauté internationale ».

Par : Marvel Dandin Editorial Radio Kiskeya

Une telle position de leur part dénote cependant qu’il n’y a pas meilleur argument pour justifier que rien n’a été véritablement fait ni par l’un ni par l’autre, pour assurer la tenue des élections. De ce fait, ils devraient être les derniers à s’étonner que seulement 6 sénateurs de la République puissent bloquer un processus. Car, c’était prévisible. Et les plus clairvoyants d’entre nous dans la presse, dans la société civile et dans la classe politique, avaient prévenu qu’on aboutirait à cette triste situation, le quorum au Sénat devant être fragile dès que le tiers manquant du corps n’est pas remplacé.

Les 6 sénateurs de la République sont maintenant présentés comme des coupables parfaits. D’autant qu’on évoque l’Accord d’El Rancho pour attester de la bonne volonté du pouvoir et de certains de ses alliés. Mais, cet accord n’en était pas un : ce ne sont pas les vrais protagonistes de la crise qui l’ont signé. Son second grand défaut est qu’il s’est permis, en son article 12, de se placer au-dessus de la Constitution en autorisant le CEP à passer outre les prérogatives du Parlement en ce qui concerne la Loi électorale. L’application d’un tel article, en consacrant une ignonimie, ne ferait qu’annoncer la mort de la Constitution de 1987. Car, voilà qu’un simple accord oterait au Parlement un privilège que lui accorde pleinement la Constitution.

Haro sur les 6 sénateurs de la République ! Mais, que faisaient les diplomates et les hauts fonctionnaires internationaux de la mission d’occupation pendant les 3 ans au cours desquels des dispositions devaient être prises pour organiser les élections ?

En fait, sans être stupides et en analysant de près différentes données, nous pourrions avancer que les étrangers ne sont pas restés innocemment à ne rien faire en faveur des élections. A ce qu’il parait, ils n’étaient pas intéressés à la tenue des élections. Car, on sait ce qu’ils font quand ils veulent d’une chose. Ils disposent des moyens de contraindre même les plus réfractaires. On peut donc se hasarder à penser qu’ils ne voulaient pas encore des élections. Du moins qu’ils ne les veulent pas du tout. Leur appel à leur tenue cette année est de pure forme. Folklorique même. Pour respecter "l’ordre international". Rhétorique onusienne ! Il ne faut pas oublier que l’ambassadrice des Etats-Unis, Pamela Ann White, avait longtemps annoncé sur la Voix de l’Amérique que les élections ne se tiendraient pas à la date à laquelle tout le monde s’attendait.

Il importe de tenir compte du fait que la « communauté internationale » ne veut plus d’une multiplicité d’élections en Haïti. Des pressions avaient déjà été exercées sur le président René Préval pour qu’il vilipende la Constitution de 1987 en l’identifiant comme la source de tous nos malheurs, comme un facteur par excellence d’instabilité. Ce qu’il a traitreusement fait pour avoir été, dans le temps, membre du "Komite Onè Respè Konstitisyon an". Il en est résulté un amendement de la Loi-Mère dont on connait maintenant assez bien l’histoire. Un amendement qui nous vaut aujourd’hui de vivre sous l’égide d’une Charte fondamentale dont nous ignorons dangereusement le contenu.

Mais cet amendement est loin de combler l’attente des "Blan". Une Constitution qui fixe des élections générales chaque 5 ans et qui garantit une certaine "stabilité" par le renouvellement automatique des mandats, notamment de celui du président de la République et qui renforce les pouvoirs de ce dernier par rapport au Parlement, serait bien meilleure que l’actuelle. Des "mauvaises langues" prétendent que cette Constitution est déjà rédigée et n’attend que d’être "embrassée" par des Constituants triés sur le volet. Pour y parvenir, il faut créer une situation telle que les élections, dans les conditions actuelles, ne puissent pas se tenir et qu’on aboutisse plutôt à des élections générales à la fin de l’année 2015, sous l’égide d’une nouvelle Charte fondamentale.

L’opposition et les 6 sénateurs de la République contribuent malgré eux à l’établissement de cette situation. Parce qu’ils ne peuvent tout simplement pas accepter les conditions offertes pour la tenue des élections : un CEP à majorité pro-gouvernemental ; des juges de paix et des commissaires de police pro-gouvernementaux dans tout le pays prêts à s’opposer à eux dans les conflits qui se présenteraient éventuellement lors de l’hypothétique scrutin ; des médias d’Etat non accessibles ; la mise à profit des moyens de l’Etat par des autorités en pleine campagne électorale ; le financement massif par le pouvoir de parlementaires sortant déjà en campagne. Pour ces raisons , et d’autres encore, l’opposition et les 6 sénateurs de la République sont de véritables éléments de blocage. A ce niveau, le gouvernement Martelly/Lamothe et la « communauté internationale » ne mentent pas quand ils les prennent pour tels.

Martelly et le « Blan » ne font pas suffisamment pour montrer qu’ils veulent d’un compromis avec les 6 sénateurs de la République pour la tenue effective des élections. On a signalé les limites et les défauts majeurs de l’Accord d’El Rancho. Il y aurait donc beaucoup plus à faire dans le cadre d’un dialogue sincère et patriotique.

Au moment où le chef de l’Etat se dit prêt au dialogue avec l’opposition, l’ordre est donné de s’en prendre à Jean-Bertrand Aristide. Dans le même temps, une ordonnance envoie l’opposant notoire André Michel par-devant le Tribunal criminel. Les frères Florestal, proches de l’opposition, sont également déférés par-devant le Tribunal criminel.

Sur un autre plan, peu d’efforts sont déployés pour retrouver plus de 300 fugitifs de la Croix-des-Bouquets dont certains, dangereux, peuvent compliquer la situation.

Les violences recommencent dans les quartiers populaires où l’on accuse des groupes proches du pouvoir.

Que dit la "communauté internationale" face à ces faits pour le moins préoccupants ?

Ce à quoi on assiste aujourd’hui tient donc du théâtre et de la pure comédie : des acteurs nationaux et internationaux prétendant vouloir organiser des élections dont ils ne veulent pas. Des vœux pieux émis ici et là. Sur le terrain, tout se fait pour empêcher l’établissement d’un climat propice à la tenue des élections.

De la même façon que nos donneurs de leçons internationaux identifient ceux qui bloquent les élections, ils auraient pu tout aussi bien, s’ils sont bien intentionnés, pointé du doigt ceux qui agissent contre l’indépendance et le fonctionnement normal de la justice.

Eux qui prétendent nous accompagner dans le renforcement des institutions, sont-ils satisfaits de la façon dont Me Anel Alexis Joseph gère le CSPJ ? Ils ne l’ont pourtant jamais pointé du doigt comme un facteur de blocage de la justice et un obstacle à l’indépendance de la justice de la même manière qu’ils le font grossièrement contre les 6 sénateurs de la République. Que des juges d’instruction et des juges de paix soient nommés de facon irrégulière, ce n’est pas leur affaire, eux qui prétendent être en faveur de la réforme judiciaire.

Que des criminels notoires soient relâchés par des juges à la solde du pouvoir, que des commissaires du gouvernement qui ont refusé de violer la loi soient démis de leur fonction, les tuteurs internationaux s’en balancent.

Dans le même ordre d’idées, leur silence indiquent qu’ils trouvent normal que la police soit politisée, qu’elle exécute des ordres manifestement illégaux et qu’elle empêche systématiquement la tenue des manifestations pacifiques. Jamais ils n’ont ciblé les responsables de la police dans de tels actes. Mieux, les casques bleus les accompagnent dans leurs forfaits.

Les 6 sénateurs de la République bloquent les élections. Mais, qui bloque le fonctionnement normal du Parlement par la cooptation des députés ou en boudant les invitations des Commissions parlementaires spécialisées pour des explications sur des dossiers importants tels le budget ou l’utilisation des fonds débloqués lors de la dernière tempête tropicale ? Le "Blan" ne sait-il rien de ces questions ? Sa mission officielle n’est-elle donc pas de nous aider à instaurer la démocratie par la consolidation et la modernisation des institutions ?

Si le "Blan" souhaite véritablement le déblocage de la situation, il doit se résigner à favoriser des négociations véritables entre les acteurs politiques et surtout renoncer à d’éventuels plans secrets qu’il aurait pour le pays. Haiti appartient aux haitiens. C’est à eux qu’il revient prioritairement de décider de son présent et de son avenir.




BÔ KAY NOU


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