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Lundi 21 août 2017 17:56 (Paris)

À la découverte de Kwanza

1968. Notre mère l’Afrique, debout, continuait de repousser le colonialisme. Aux États-Unis d’Amérique, le mouvement pour les droits civiques battait son plein et Martin Luther King, récent gagnant du prix Nobel de la Paix, projetait d’établir un campement pacifique de pauvres à l’intérieur même de Washington pour confronter les disparités économiques. On venait à peine d’échapper à la potentielle catastrophe nucléaire de la crise des missiles et les jeunes de toutes races s’organisaient pour protester contre l’impopulaire guerre du Vietnam . L’heure était au changement.

Par Marie-Thérèse Labossière Thomas

Récemment arrivés en exil à Washington, mon mari et moi nous sommes tout de suite intéressés à cette nouvelle réalité autrefois seulement visionnée sur les écrans. Le soir, les pan-Africanistes des environs de Howard University, les Black Panthers, hippies, et « peace activists » de Dupont Circle se côtoyaient dans les rues de Georgetown, échangeant « peace signs », « Black Power salutes », de même qu’idées et bulletins d’information, alors que les « Hare Krishna » en longues robes orange chantaient et dansaient au son de leurs tambourins. On se parlait sans se connaître et, parmi nos congénères, la solidarité raciale s’affermit après l’assassinat de Martin Luther King, les émeutes qui s’ensuivirent, l’occupation de Washingon par les troupes fédérales et les préocupations relatives à l’avenir du mouvement pour les droits civiques. Et, dans ce contexte, nous découvrîmes Kwanza .

Commencé en 1966 à l’initiative de Ron Karenga, Kwanza (du Swahili, premiers fruits) est un festival laïque et culturel qui se rattache à l’héritage africain des festivités de la moisson, et met l’accent sur sept valeurs familiales et communautaires :

Unité (Umoja, en Swahili)
Auto-determination (Kujichagulia)
Travail collectif et responsabilité (Ujima)
Coopération économique (Ujamaa)
Motivation (Nia)
Créativité (Kuumba) - Foi (Imani)

Celles-ci constituent chacune le thème journalier de Kwanza, du 26 décembre au premier janvier. Les principaux symboles se rapportant au festival de la moisson comprennent des fruits et des légumes, un petit tapis de paille et sept bougies, dont une nouvelle allumée chaque soir s’ajoute à la précédente, et autour de laquelle la famille réunie discute du principe du jour. De menus cadeaux, de préférence éducatifs ou préparés à la maison, sont alors échangés, les plus importants étant réservés au dernier jour du festival.

Notre découverte de Kwanza commença pour nous, en tant que nouveaux parents, à un musée local. La tradition continua au fil des ans, à la grande joie de notre fils qui, en plus de nos voyages à New York pour les fêtes de Noël avec ses grand-parents, anticipait ensuite chaque jour la surprise de la soirée alors qu’il préparait parfois la sienne au cours d’ateliers culturels. Je me souviens du jour où, encore enfant, il nous fit la surprise de déclamer un poème qu’il avait rédigé tout seul et en grand secret pour illustrer le principe de Créativité, alors que son cousin, encore plus jeune, s’empressa de suivre son exemple par une histoire improvisée.

En plus des activités culturelles consacrées aux enfants et des célébrations communautaires, l’ancien Museum of African Art du Smithsonian, m’ouvrit aussi des horizons nouveaux et m’apprit à reconnaître, par delà les différences culturelles, les similitudes profondes de la condition humaine. Voici à ce sujet un de mes article d’information présenté dans le numéro de décembre1988/ janvier 1989 du magazine Kiskeya que je publiais :

Les origines de l’arbre de Noël semblent remonter, aussi paradoxalement que cela puisse paraître, à l’ancienne civilisation noire égyptienne, en passant par l’Allemage et l’Angleterre.

En effet, les sites archéologiques, documents historiques, et recherches effectuées au cours de ces quelque 20 dernières années ont prouvé le caractère négroïde de cette civilisation et l’étendue de son influence. Dans son ouvrage The African Origin of Civilization, Cheikh Anta Diop, du Sénégal, citant l’historien romain Tacite, démontre que le culte de la déesse égyptienne Isis fut pratiqué par les tribus germaniques. D’autres chercheurs confirment le culte des vierges noires à travers l’Europe antique.

Pour les Égyptiens, Osiris, époux d’Isis, était le dieu de la mort et de la résurrection ; selon Hainchelain, son culte était lié à un arbre. La date de la Noël chrétienne, adoptée vers l’an 336 AD, coïncida avec celle des rites agraires et solaires célébrés dans l’antiquité au cours du solstice d’hiver, vers le 25 décembre. Certaines traditions des nouveaux convertis furent donc conservées.

D’après Encyclopedia Britannica, les anciens Égyptiens se servaient du pin comme symbole de la mort et de la résurrection. Les Allemands (christianisés) y ajoutèrent des pommes, biscuits et bougies et le nommèrent Arbre du Paradis. Ils gardèrent en plus, dans la même pièce, une pyramide de Noël, faite de bois, contenant des figurines et décorée de branches de pin, de bougies et d’une étoile. Au 16e siècle, l’Arbre du Paradis et la pyramide se confondirent pour former l’arbre de Noël moderne.

Introduit aux Etats-Unis dès le 17e siècle par les immigrants allemands, l’arbre de Noël fut mis en vogue dans l’Angleterre du 19e siècle par le prince allemand Albert, époux de la reine Victoria . Depuis, il n’a cessé de se populariser, alors que ses origines anciennes passent dans l’oubli. Plus tard, j’appris qu’il existait aussi en Haiti des fêtes de moissons directement relatées à la tradition africaine et très peu connues dans les villes, telles le « manje yam » et le « goute diri » de la vallée de l’Artibonite. La description qu’en a fait Courlander dans son livre The Drum and the Hoe, évoque certains aspects de Kwanza . Récemment, une amie m’a aussi fait remarquer combien les enfants juifs adoraient recevoir de petits cadeaux journaliers au cours de la célébration de Hanoukka ; en ce sens, la magie des lumières est aussi commune aux deux célébrations.

De par son caractère culturel et humaniste Kwanza a débordé les frontières américaines et continue de s’étendre sur la scène internationale. Certains déplorent cependant le commercialisme qui semble à présent s’y glisser. Comme beaucoup d’autres, nous avons conservé chez nous la simplicité initiale de la fête d’antan et ainsi créé notre propre tradition. Notre famille agrandie et les jeunes devenus adultes, nous continuons de célébrer Kwanza en l’adaptant aux besoins du moment, combinant parfois les thèmes journaliers au gré des horaires. Au fil des ans, nous avons souvent eu la joie d’accueillir parents et amis, spécialement au dernier jour, le premier janvier, qui coïncide avec l’anniversaire de notre Indépendance nationale.

Nous sommes en 2010 et l’Afrique encore meurtrie est maintenant reconnue comme berceau de l’humanité. Le premier Président noir américain reçoit le prix Nobel de la Paix pour sa vision d’un monde plus juste, alors que forcé de continuer une guerre à laquelle il s’était initialement opposé. La catastrophe écologique menace un monde déjà en plein désastre économique. Les conditions ont changé et, plus que jamais, l’heure est encore au changement, ce moteur de notre condition humaine que continue d’animer à travers les âges l’espoir tenace des moissons de demain.

Contact :

Pour de plus amples informations concernant Kwanza , consultez votre bibliothèque locale et les sites Internet sur le sujet. Références :
Begg, Ean. The Cult of the Black Virgin. Penguin Group, London , 1985. Courlander, Harold. The Drum and the Hoe : Life and Lore of the Haitian People. University of California Press, Berkeley, 1960. Diop, Cheikh Anta. The African Origin of Civilization : Myth or Reality. Lawrence Hill Books, Chicago , 1974.
Gilbert, Ben W. and the staff of the Washington Post. Ten Blocks from the White House : Anatomy of the Washington Riots of 1968. Frederick A Praeger, Publishers, New York , 1968.
Hainchelin, Charles. Les origines de la religion. Editions Sociales, Paris, 1955.
Labossière Thomas, Marie-Thérèse. Origines africaines : arbre de Noël ? Kiskeya Vol. 2, No. 9 : 7, 1988






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