Mise à jour le 8 avril
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Jeudi 24 juillet 2014 08:23 (Paris)

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Entretien avec Mimi BARTHELEMY

Née en Haïti (Port-au-Prince, le 3 mai 1939), Mimi Barthelemy fait ses études supérieures en France et vit ensuite à l’étranger : en Amérique Latine, au Sri Lanka et en Afrique du Nord.

Ainsi commence son chemin vers le conte lié à une quête personnelle sur son identité de femme haïtienne vivant hors de son pays. Cette recherche l’amène d’une part à se rapprocher de la communauté haïtienne de France et d’autre part à entreprendre un long travail sur la voix, grâce auquel elle trouve accès à l’expression de sa mémoire.

par Langlais-Wetzel Nadia

1) Les contes et légendes sont-ils des inspirations pour vos propres créations artistiques ?   Non, les contes et les légendes que je raconte, sont tous originaires d’Haïti ou de la Caraïbe, donc mon travail consiste à les travailler, les rassembler et non pas les découvrir en ethnologue comme Madame Commer Sylvain ou Monsieur Marcellin. Comme mon public est francophone et que les textes sont en créole, je ne les traduis pas, je les réécris avec la richesse des images créoles et de ma langue d’artiste. Je n’invente aucun conte car la tradition haïtienne est tellement riche. Tout est enraciné dans le monde rural haïtien et c’est de là que viennent les contes.

- Vous perdurez la culture orale des contes ?

Je perdure l’oral mais comme je suis une femme du xx siècle, j’ai appris à lire et à écrire comme tout le monde, l’écriture et la lecture sont des choses très importantes pour moi, ce qui fait que je passe de l’oral à l’écrit et vice versa

  2) Haïti connaît beaucoup de crises, crises économiques, sociales, politiques, à votre avis comment Haïti peut-elle vaincre ses démons ? 

Vaincre ses démons !!!! Je ne peux répondre à cette question car je ne suis pas une femme politique mais la chose que je peux faire, c’est de formuler des souhaits. Quand je vais à une foire du livre jeunesse, comme ce fut le cas en 2004, je suis pleine d’espoir, cette jeunesse qui a un tel désir de lecture, d’ouverture et de rencontre !!! La jeunesse c’est l’âme d’un pays donc il faut travailler sur la jeunesse, il faut travailler avec elle pour construire le pays. Il fallait voir cela, il y avait plus de 5000 personnes, c’était la classe populaire et la classe moyenne, ce n’était pas la haute bourgeoisie. Les gens qui étaient présents pouvaient acheter des livres à moitié prix, tout le monde pouvait acheter. Il y avait toute une floraison d’écrivains, d’illustrateurs haïtiens, alors que le pays était plongé dans une grande tristesse puisqu’il y avait eu des inondations à la frontière avec de nombreux dégâts tant sur le plan matériel que sur le plan social et psychologique. En même temps nous regardions cette jeunesse montrant un enthousiasme débordant à la recherche d’un livre, c’était très positif... donc c’est un pays qui a un potentiel culturel et humain extraordinaire. Il faut que nous arrivions à régler les problèmes intérieurs et extérieurs. Il faut que les gens soient plus soucieux du bonheur collectif, nous sommes responsables de chacun d’entre nous. Si Haïti va vers le bas, nous entraînons la Caraïbe vers le bas, si elle monte, tout le monde monte avec elle . Nous devons prendre conscience de nos responsabilités à tous les niveaux : politique, économique, culturel .... Maintenant, je vais vous le dire en toute honnêteté, mon travail, c’est un travail culturel, de conscience, ce n’est pas uniquement pour divertir que je raconte. Je raconte pour éveiller les consciences. Dernièrement je suis allée en province, j’ai été faire une tournée dans les cinémas, je racontais pendant une heure des contes d’Haïti, puis après il y avait un film de Jonathan DEM sur l’agronome Jean DOMINIQUE. J’étais personnellement comblée car mon métier je le perçois de cette façon, lorsque je montre le souffle de ce pays, c’est un souffle positif,un souffle d’une grande imagination, un souffle subversif. Il y avait un lien étonnant entre les contes, la vie, la vocation d’agronome de Jean Dominique et le fait que sa mort ait été certainement célébrée avec des contes comme nous le faisons en Haïti. En définitif le conte n’est pas qu’un divertissement, il est ludique certes, mais il nous ouvre un pan de la culture et de l’âme haïtienne. Quand je fais mon travail, j’entrouvre une fenêtre et je dis au public de regarder l’âme haïtienne, la richesse, ses valeurs. Les contes sont là pour donner une référence et des valeurs, le respect des parents, le respect des ancêtres, l’aspiration à la transcendance et au spirituel. Nous sommes un peuple mystique.

- Dans une civilisation matérialiste comme la nôtre, trouvez-vous la place du mystique...

Nous avons beaucoup à enseigner aux gens, et beaucoup a apprendre...

  3) Que peuvent apporter la langue créole et la langue française aux deux cultures ? 

En Haïti, le fait d’avoir ces deux langues est une porte ouverte. Nous pénétrons dans deux mondes différents. L’important c’est que nous puissions les maîtriser, il ne faut pas que la majorité de la population parle le créole sans l’écrire, il faut qu’elle le parle, le lise, l’écrive avec une maîtrise totale. Il faut un travail d’approfondissement de la lecture et de l’écriture de la langue pour pouvoir la faire avancer comme FRANKETIENNE. Là, nous touchons un gros problème en Haïti. Il y a une prolifération de petites écoles, un désir d’apprendre de la part des enfants mais est-ce que les écoles sont à la hauteur pour assurer l’enseignement ? Il y a une re-structuration à faire de l’enseignement en donnant une formation correcte aux futurs enseignants et surtout en leur donnant des moyens financiers. Nous avons deux langues officielles, c’est extraordinaire. Dans le monde créolophone, Haïti est en avant garde, elle a affirmé sa créolophonie, elle a affirmé son bilinguisme. Dans la plupart des iles : la Réunion, la Martinique, la Guyane, et la Guadeloupe, on ne parle pas la langue créole mais le dialecte. Nous devons enrichir notre enseignement pour la langue créole. Le français en Haïti est en perte de vitesse, seulement 10 % de la population s’exprime en français. Si la langue française est officielle c’est pour une petite minorité qui la parle, cette bourgeoisie qui peut se payer l’enseignement des écoles privées. Même si nous avons choisi le français au moment de l’indépendance nous pouvons aussi le critiquer. Nous aurions pu choisir l’espagnol pour être mieux intégré dans la Caraïbe ou l’anglais pour l’être totalement. Mais nos gouvernants de l’époque étaient formés à l’école française, le français était donc un choix normal.

Nous pouvons quand même y réfléchir...

Nous pouvons y réfléchir car il y a eu des conséquences qui ne sont pas négligeables pour Haïti... Nous avons choisi le français par un acte historique et nous devons l’enseigner correctement. Côté français il y a eu un abandon total d’ Haïti. La France s’est rendue compte de sa négligence et nous attendons maintenant une vive réaction de sa part. Nous avons nombre d’écrivains en langue française qui sont parmi les meilleurs. Nous sommes à la hauteur. Il y a de la part de la France un manquement voire une faute par rapport au passé d’Haïti et son histoire jusqu’en 1804. Aux yeux du monde, notre histoire n’est pas mise à sa place. Nous avons un devoir de mémoire. Il ne faut pas seulement écrire des romans en créole mais aussi des textes théoriques comme Laroche Maximilien. Il faut que la langue créole s’enrichisse de termes abstraits. La langue est subversive, si nous approfondissons la langue, nous approfondissons l’identité, la conscience.

  4) En tant qu’artiste, quelle définition donneriez-vous à la culture haïtienne ?

  La culture est l’expression d’un comportement du peuple, sa vision du monde, ses inspirations. Le talent de la culture haïtienne, c’est son épanouissement dans l’art pictural, sûrement aussi grâce au vaudou dans lequel il puise ses racines, dans les temples, dans les fers forgés... Il y a dans ce peuple un don naturel pour la création. Tout se transforme dans les mains d’un haïtien. L’art naïf haïtien est devenu l’art du merveilleux dans les années 40.

- Un pays si pauvre, en plein désarroi comment Haïti peut-il avoir autant d’imagination et de créativité ?

C’est avant tout un pays de paradoxe.

  5) Comment jugez-vous Haïti, car cette île possède le plus grand nombre d’analphabètes mais aussi le plus grand nombre de lettrés dans la CARAÏBE ? 

Le fait que nous ayons un taux élevé d’analphabètes est une faute due aux gouvernants. La première chose à faire dans un pays est de donner une éducation à la population pour que celle-ci puisse se gérer et gérer le pays. Si on ne sait pas lire ni écrire, on est manipulé comme du bétail. La majorité de la population est loin des rênes du pouvoir, donc elle est manipulée...C’est un drame structurel de notre pays, il faut réviser notre histoire. En Haïti, nous n’avons pas fait de révolution mais une guerre d’indépendance. Malgré tout nous sommes toujours dans un système néo-colonial où certains haïtiens eux-mêmes traitent mal leurs concitoyens. C’est la diaspora haïtienne (intellectuels, écrivains,historiens, ...) qui montre au peuple la direction à suivre. Nous sommes pleins d’espoirs.  

www.mimibarthelemy.com




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